mercredi 12 mai 2021

le covid du jour

 A ma grand surprise on fait même des covids qui ont reçu double doses de vaccin. L'âge y est pour beaucoup, l'immunité étant particulièrement affaiblie. 1932, je me rappelle de l'année de naissance parce que j'ai refait la plaque d'identification car la conseillère avait écrit 1923 sur la feuille de préparation de cercueil. J'ai écrit un message sur le tableau en partant pour qu'un collègue l'emmène vendredi et fasse l'inversion sur le cercueil à la chambre fu. C'est la policière qui a remarqué l'erreur de date. Elle nous a fait forte impression cette policière à mon collègue et à moi, jeune et jolie mais surtout efficace et sympa. Elle est nouvelle. C'était la deuxième fois qu'elle mettait les scellés en faisant fondre la cire. On a été sympa avec elle. On lui a filé un masque ffp2 et une combinaison. Il y avait un jeune interne qui pensait que les scellés empêchaient les exhumations, curieuse idée. On a quand même mis une heure à partir de notre arrivée sur place. On n'est pas allé à l'adresse indiqué sur notre feuille mais à la maison de retraite. Une fois au bon bâtiment de l'ehpad, on ne s'est pas garé au bon endroit. Puis nous sommes allé jusqu'à la chambre avec le cercueil sur le chariot. Nous avons ouvert le cercueil. Le défunt était déjà dans la housse. Nous l'avons soulevé pour le mettre dans le cercueil. La policière s'est étonné de la rigidité cadavérique du défunt qui lui a semblé anormale. Je lui a dit qu'il n'était pas si rigide que ça et mon collègue a ajouté que le défunt devait être très maigre et osseux. Elle nous a parlé de sa grand-mère. Elle était bien contente qu'elle ne soit pas dans une chambre comme celle-ci. On a refermé le cercueil. Elle a mis les scellés. L'infirmière nous a parlé des regrets de la famille de n'avoir pu voir le défunt une dernière fois. Elle nous a dit qu'il n'était resté que 5 mois dans cet ehpad et que c'était son 16éme patient décédé du covid à son étage.  On a chargé le cercueil et nous avons traversé la rue car le funé se trouve juste en face. Il nous a fallu beaucoup plus de temps pour trouver la bonne clé et ouvrir toutes les portes. J'ai rempli le registre pendant que mon collègue a commencé à refermer les portes à clefs. C'est presque devenu une routine. 

Quand je suis rentré chez moi ma femme m'a raconté que l'une de nos connaissances a son mari en réanimation à cause du covid après l'avoir attrapé elle-même et ses deux enfants. Elle est particulièrement en colère après la collègue qui lui a refilé à son boulot alors que celle-ci se savait positive.  J'imagine qu'il doit y avoir un nombre considérable d'histoires comme celle-ci. 

Un peu plus tôt dans la journée quand nous sommes rentrés de convoi j'ai rencontré un de mes collègues hilare et rincé après les 6 inhumations qu'il a faites dans le journée, notamment un couple qui a été inhumé le même jour, ce qui est assez rare. Son hilarité s'explique par le fait qu'étant en sous effectif, 3 de nos responsables ont dû remplacer trois porteurs. Le hasard a voulu que ça tombe sur des indigents qui pour le coup ont eu droit au gratin de notre pompe funèbre. Mon collègue étant lui même un csp+ reconverti dans la pompe pour se mettre au vert après trop d'années passées à Paris en tant qu'informaticien de haut vol, le contraste devait être saisissant.

jeudi 6 mai 2021

Nouvelle recrue n°4

 Embauché à plein temps juste après la démission de la recrue n°3, la n°4 ne semblait pas très motivé. C'était pourtant le plus motivé d'un groupe de personnes envoyée par pole emploi. Moins de trente ans, il venait juste d'avoir son permis. Il y a deux semaines, j'étais avec lui dans le corbi, lorsque, arrivé au dépôt, il avait choisit de rentrer en marche arrière. Il a regardé dans le rétro, il n'a plus vu la porte qui remontait lentement et il a pensé que c'était bon. Il a bousillé à la fois le corbi et la porte qui depuis ne redescend plus qu'en mode manuel. Il est allé tout de suite le signaler à la direction qui lui a répondu qu'ils feraient un constat. Un peu plus tard, il a été convoqué et s'est fait vertement incendié sur le thème "il y a trop d'accidents avec les corbis". Il a pris pour tout le monde qui récemment avec eu de petits accidents avec les corbis. M s'était pris une borne récemment alors que deux personnes le guidaient. J avait reculé contre un monument funéraire cassant un feu arrière. J. s'était également payé une barrière ferroviaire. Ils lui ont aussi signifié qu'ils ne le garderaient pas s'il avait à nouveau un accident. Ce nouveau n'a pas apprécié se faire sermonner de la sorte et cela l'avait considérablement refroidi pour conduire. A partir de nos conversations, j'avais le sentiment qu'il ne faudrait plus grand chose pour le faire sortir de ses gonds. Mardi matin je l'ai entendu se prendre la tête avec J. qui le reprochait d'avoir dormi la veille toute la journée dans le corbi et il souhaitait qu'il conduise ce jour-là. Nous sommes partis à ce moment là. J'ai appris aujourd'hui qu'il a déposé sa dem, mardi, le soir même. Dommage, il était plutôt sympa. Demain nous passerons notre dernière journée de travail ensemble. Des gens, qui viennent travailler avec nous et qui ne restent pas, il faut aussi savoir faire notre deuil.

lundi 3 mai 2021

Un peu plus de dix heures.

 Dimanche 8h30, le conseiller de permanence m'appelle pour un TSC chez des gens qu'il connait. J'appelle mon jeune collègue et on est là-bas à 9h30. On se retrouve avec un couple d' octogénaire chez leur fils décédé, un quinquagénaire. Mon collègue commence à sortir le matériel pendant que je regarde les papiers. Et là catastrophe, le médecin a estimé le décès au 28 avril et nous sommes le 2 mai, nous sommes au delà des 48h qui nous permet d'effectuer le transport. J'appelle le conseiller qui me demande d'appeler le médecin pour voir s'il est possible de changer le certificat de décès. Il n'y a pas le numéro de téléphone sur le certificat. J'essaye de le retrouver sur internet sur les pages jaunes mais sans succès. Je demande au couple qui a téléphoné au médecin. C'est la voisine. Je demande à mon collègue d'aller chez la voisine. Il y va accompagné du monsieur mais reviennent bredouilles. Elle est certainement sortie promener son chien. Je rappelle le conseiller funéraire qui me dit qu'on ne peut pas prendre le corps. Je lui propose d'appeler la police pour transformer le truc en réquisition police. Il me dit que ça se tente. J'appelle la police qui me dit que s'il n'y a pas d'enquête ou de découverte d'un corps il ne peut y avoir de réquisition police. Je n'insiste pas. Le couple est très bavard et la femme me raconte avec beaucoup d'émotion comment elle a perdu son premier enfant âgé de quelques années d'une tumeur au cerveau. Le temps passe. Je leur explique qu'on n'a pas le choix que d'attendre demain pour intervenir après leur rendez-vous chez le conseiller funéraire de manière à faire une mise en bière immédiate avec un cercueil qu'ils auront choisi. On ne peut la faire un dimanche car il nous faut une autorisation de fermeture de cercueil délivrée par la mairie et qu'elle n'ouvrira que le lendemain. Mais avant de parti je propose qu'on retourne voir la voisine. Elle est chez elle. Elle a fait le 15 et a atterri chez sos médecin. J'appelle sos médecin et je leur explique le problème. Ils me mettent en attente... ... ... ... puis enfin je tombe sur le médecin qui a rédigé le certificat de décès. Il me dit qu'il peut refaire le certificat de décès mais ne peut pas l'apporter avant l'après-midi. Je lui demande de le refaire et de me l'envoyer en photo sur mon téléphone. Il me propose de venir chercher le certif, l'après-midi à sos médécin. Je rappelle le conseiller funéraire qui me donne son accord. On peut enfin commencer à faire ce tsc... Le couple est bavard et nous prenons le temps de les écouter. On emmène enfin le corps à la maison funéraire d'à côté. Et là on s'aperçoit qu'on a oublié de prendre les vêtements que la femme nous avait préparé. Je rappelle le conseiller pour le prévenir.  Avec tout ça, il est déjà midi. On a un autre TSC à faire à 1h de route de là où nous sommes. Je propose à mon collègue de faire une pause de midi à 14h30 de manière à pouvoir rentrer chez nous chacun de notre côté. Je rentre chez moi et au moment où je commence à préparer à manger mon téléphone d'astreinte sonne à nouveau. La conseillère me propose un tsc à 1h30 du premier tsc de l'après midi pour emmener le corps à 2h de route de chez nous. Je lui répond que nous allons exploser nos 10h de travail quotidien autorisé. Ce que je refuse de faire. Elle me dit qu'elle va appeler ma responsable et je lui répond que c'est une bonne idée. Elle me rappelle un peu plus tard en me disant que si on se débrouille bien on devrait pouvoir faire les 2 tsc dans l'après-midi sans dépasser les 10h. Elle me fait le déroulé: à 14h30 vous êtes là, à 15h30 là et à 16h30 vous êtes sur votre deuxième tsc retour à 18h30. Moi, je veux bien. Après tout, on verra bien. Elle m'explique que la maison de retraite ne veux pas attendre le lendemain sinon elle passe par une pompe funèbre concurrente. Je lui demande ce qu'à dit ma responsable. Rien, elle n'a pas réussi à la joindre. Maintenant que j'ai accepté je ne vais pas me rétracter. 

A 14h30 je suis devant la maison de retraite du premier tsc. Il n'y a personne. J'appelle le numéro de l'infirmière qui me dit que je ne suis pas au bon endroit et elle me donne un nom de rue, que je n'avais pas. Je remballe le matériel et à ce moment arrive mon collègue. Nous repartons à l'adresse indiquée et nous perdons une bonne demi-heure dans l'histoire. Nous allons déposer le corps au funé et nous repartons sur le deuxième tsc de l'après midi. 1h15 plus tard nous y sommes et il est déjà 17h30 et nous repartons déposer le corps dans un funé à 1h30 de route. Le temps de déposer le corps, de s'arrêter sur la route prendre un café et de revenir il est déjà 20h ce qui fait 10h de travail. Il me reste encore à faire le plein parce que le voyant s'est allumé sur la route et qu'il faut encore que j'aille chercher le certificat de décès à SOS médecin. Le temps que je dépose le certificat de décès au funé puis que je rentre au dépôt, il est 21h30. Le temps de m'occuper de la paperasse je rentre chez moi à 22h30. Je n'ai dépassé le temps légal que de 2h30.


samedi 1 mai 2021

Quelques nouvelles du front

 Suis à nouveau d'astreinte. Après un relatif calme c'est reparti à la hausse. On a fini de remplir quelques frigos aujourd'hui. Dans une clinique où nous avons l'habitude d'aller, ils placent les covid dans une frigo et là ça déborde dans un deuxième frigo. Je viens d'avoir un appel d'un confrère qui cherche une place dans un frigo. Je leur ai proposé une place sur une table réfrigérante. Ils me rappellent s'ils ne trouvent pas mieux. L'équipe dont on a pris le relai a fait un covid aujourd'hui, nous aussi, une personne agée, testé positive au covid quelques jours plus tôt. On a aussi fait une réquisition police pour un alcoolique de 54 ans qui avait une collection impressionnante de bouteilles vides chez lui. Il n'était pas trop décomposé, ça a été. Par contre hier, on n'a pas réussi à remettre son dentier à une personne âgée qui a eu des problèmes de régurgitations, trop dégoutant pour moi. Mon jeune collègue de 19 ans est moins chochotte que moi car il se destine à devenir thanato, une vraie vocation. Par conséquent il a tenté 3 fois sans succès et c'est moi qui lui ai demandé d'arrêter d'embêter cette pauvre dame. Il a commencé il y a seulement 4 mois et il me demande de tenir la langue de la dame alors qu'elle a le gosier bien plein. Moi ça fait maintenant plus d'un an et je n'ai toujours pas le cœur à ça. Je considère que ce n'est pas à nous de faire ce genre de choses même si j'aurais bien aimé qu'on y parvienne car ça aurait évité de laisser trainer un dentier dans la housse.

vendredi 9 avril 2021

Drôle de TSC

 De toute la semaine en astreinte je n'ai fait qu'une sortie pour un TSC. Mon collègue m'a appelé alors que j'étais en train de rentrer chez moi avec le véhicule d'astreinte. On se donne rendez-vous au domicile. J'arrive le premier. Je vois un homme et une femme sur le trottoir et j'en conclus que ça doit être là. Le monsieur se présente comme le maire de la commune et la femme comme la fille de la défunte qui très vite commence à tenir des propos étranges. Elle me demande si elle  peut garder sa mère chez elle toute la nuit et qu'on vienne seulement la chercher le lendemain. Elle a peur que le cœur  de sa mère se remette à battre. La maire dit que ce n'est pas une bonne idée à cause de la décomposition du corps et que ça n'arrive plus que les gens se réveille après avoir été déclaré mort. Elle me demande si je peux apporter une table réfrigérante. Je lui réponds que je ne sais pas mais que mon collègue qui a plus d'expérience que moi va arriver et je lui dirais alors ce qui est possible ou pas. Mon collègue a 18 ans d'expérience mais c'est un partisan du moindre effort. Il a une forte personnalité. Dès qu'il arrive je lui parle de la table réfrigérante et je comprends aussitôt qu'il n'en sera pas question. Il part aussitôt dans un délire qui consiste à m'attribuer toutes sortes de prénom. Et en même temps il fait preuve d'une mauvaise foi évidente en disant ce que la dame veut entendre. Il prétend qu'il connait le médecin en qui on peut avoir une confiance absolue et qu'il va ausculter sa mère pour lui confirmer qu'elle est bien morte. Le maire nous demande s'il peut partir. Celui-ci éclate de rire quand mon collègue lui dit qu'il sera bientôt le nouveau maire de la grande ville d'à côté. Il nous laisse son numéro de téléphone. En entrant dans la maison mon collègue me dit "tu vois bien, Jean-Michel (après m'avoir appelé Jacques, François, Gérard quelques instants plus tôt) qu'il n'y a pas la place de mettre une table réfrigérante." Je commence doucement à être pris d'un fou rire devant tant de mauvaise foi. Je me mords les lèvres en écoutant le dialogue délirant entre cette dame et mon collègue sans pouvoir dire lequel des deux délire le plus. La femme ne se rend absolument pas compte que mon collègue joue la comédie en parlant exactement sur le même ton qu'elle et à la fin elle le remerciera pour sa gentillesse. Entre temps on a utilisé une housse noire pour mettre la dame âgée de 89 ans. J'ai réussi à la déchirer alors qu'elles sont plus solides que les autres. Mon collègue me gratifie d'un "tu vas couler la boite" qui est une variante de "on va fermer" auquel j'ai droit le plus souvent. La dame n'est pas lourde et on a vite fait de la mettre dans le véhicule. La fille de la défunte fera promettre à mon collègue d'installer sa mère sur une table et non dans une cellule réfrigérante, promesse que mon collègue ne tiendra pas. En revanche, il lui dit de s'adresser à une conseillère funéraire en particulier, J., et de bien dire qu'elle vient de ma part et ce coup-ci il donne mon vrai prénom. Ce qui amuse mon collègue c'est que J. a un problème de surpoids. Elle n'est pas très séduisante. Il fait comme si tout le monde lui courait après ou qu'elle-même courait après tout le monde. En montant dans le véhicule je lui dis "franchement t'abuse" et il me répond "faut bien rire un peu"

mardi 6 avril 2021

Covid à domicile.

 Finalement ça s'est calmé plus tôt que je ne pensais. On ne vivra peut-être pas cette troisième vague. Par conséquent je reviens sur mon dernier week-end d'astreinte avec deux mises en bière anticipée pour deux covids à domicile. 

 Le premier fut épique avec un collègue qui a des problèmes de dos et qui ne souhaitait pas trop se faire suer avec une famille avec des origines africaines. Il a carrément demandé de l'aide à la femme du défunt pour trouver deux personnes pour porter. Quand on est arrivé deux hommes sont venus vers nous et nous ont guidés pour nous garer au bon endroit. Je leur ai donné des combinaisons, des masques ffp2, des gants et des lunettes de protection. La femme du défunt devait nous attendre dehors pour ne pas se faire contaminer. Elle était à l'intérieur. Elle nous a dit qu'elle avait déjà le covid. Mon collègue s'est occupé des papiers. Puis il lui a proposé d'aller se recueillir auprès du défunt. Elle lui a parlé d'une voix très douce. Je n'ai pas compris ce qu'elle disait tout bas mais elle avait une très belle voix. Il faut dire que je ne suis pas insensible à l'asmr. Ensuite nous avons mis le défunt dans une housse noire avec des poignées. Le logement était trop exiguë pour qu'on puisse rentrer le cercueil. A quatre on a porté le défunt jusque dans celui-ci que nous avions laissé dans l'entrée de l'immeuble. C'était un cercueil hermétique avec un hublot. Ça nous a pris un temps fou pour le fermer mais j'avoue qu'à quatre pour relever le brancard avec le cercueil dessus c'était parfait. On a remercié chaleureusement nos bénévoles.

L'autre covid c'était dans une maison au premier étage. La défunte faisait plus de 100 kilos. Elle était allongée au milieu du salon sur un tapis. Le mari de la défunte était avec sa sœur. On a, à nouveau, sorti une housse noire avec poignées. Mon collègue a demandé au mari s'il pouvait nous aider à la transporter jusqu'au cercueil que nous avions laissé dehors dans la cour de la maison en bas de l'escalier. Vu son hésitation, je suis intervenu pour dire que nous allions d'abord essayer sans son aide. Je l'ai senti soulagé. Mettre la défunte dans la housse, ce fut rude. Ensuite on l'a trainé jusque dans l'escalier... et même dans l'escalier on l'a fait glisser. Le plus dur fut de la hisser dans le cercueil puis de faire glisser le cercueil sur le brancard. Par contre impossible de relever le brancard à deux. Être bloquer dans la dernière étape c'était rageant. On a été obligé de demander au mari et à sa sœur de nous aider. A quatre, nous y sommes parvenus sans problème. Ils sont restés un moment à pleurer sur le cercueil. Le mari nous a expliqué qu'il aimait cuisiner pour sa femme et qu'ils avaient bien profité de la vie. 

Nous sommes rentrés chez nous vers 5h30 du matin. Autant faire des TSC la nuit c'est relativement simple autant la gestion de covid avec mise en bière immédiate, à domicile, c'est rude.

vendredi 19 mars 2021

Dark ambient.

 A propos de la recrue n°1 dont j'ai parlé plus bas et qui n'est resté qu'une journée j'ai oublié de raconter que pendant le convoi au cimetière lorsque les gens marchaient derrière le corbi... j'ai mis la musique ci dessous, légèrement dark et ça fonctionnait très bien.  Si ça a contribué à faire peur à notre nouvel ami, j'en suis navré.



J'ai commencé une playlist spotify avec mes musiques d'enterrement préférées.


Inhumation festive.

 

Cet après-midi nous avons fait la mise en bière d'une femme de 101 ans. Le problème des gens très âgés c'est que souvent tous leurs proches sont partis avant eux. Elle avait bien de la famille en Bretagne cette dame mais âgés de 80 ans, ils ne pouvaient faire le voyage. A l'église, le diacre a rameuté tous les gens qu'ils connaissaient et qui étaient dispo pour faire de la figuration.  Comme nous aussi on était là, le diacre nous a fait participer en allumant une petite bougie qu'on a posé sur le cercueil. C'était sympa, surtout qu'il jouait bien de la guitare et que, pour une fois, les chanteurs chantaient bien.
Personne n'est venu au cimetière et comme nous étions entre nous avec le gars du cimetière et les marbriers, qu'il commençait à être tard et à pleuvoir, j'ai ouvert les portes du corbi et j'ai balancé la musique que l'on entend sur le clip ci dessous... sur cette musique on a sorti le cercueil et on l'a descendu dans le trou. Mes collègues étaient un peu inquiet qu'on nous voit et entende la musique. L'un de mes collègues a trouvé cette musique trop ringarde et pour lui c'était un peu la honte... je lui ai répondu que c'était justement ça qui est drôle. Mais bon allez expliquer à un croquemort ce qui est fun est peine perdu... car nous n'avons pas tous la même définition de ce qui est fun. Toujours est-il que comme il pleuvait un peu, on a inhumé en un temps record... Même pas le temps d'un morceau de Moullinex.


mercredi 17 mars 2021

Triste anniversaire

 Aujourd'hui la journée avait bien commencée avec deux convois sympas. Bon le premier, je suis arrivé au crématorium avec 3/4 heure de retard mais ce n'était pas grave car la crémation n'était prévu que l'après-midi. Et le convoi de l'après-midi, il s'agissait seulement d'une inhumation avec 4 personnes de la familles alors que nous nous avions deux maîtres de cérémonie. Si on ajoute les marbriers, le personnel de la pompe était plus nombreux que la famille. Mais bon, l'ambiance était détendue. En ramenant la conseillère funéraire à la maison funéraire, elle m'a dit qu'elle avait oublié de donner les actes de décès à la famille et de déposer les documents à la mairie ainsi que de prendre les empreintes sur le monument. Ce qui m'a fait rire c'est quand elle a dit que ce n'était pas grave alors que quand c'est nous qui oublions ce genre de choses, elle ne dit jamais "ce n'est pas grave". 

En rentrant, je reçois un coup de téléphone de la planificatrice qui nous demande de faire un tsc d'un ehpad vers une chambre funéraire. Nous récupérons l'ambulance et nous partons aussitôt. Sur la route, un nouveau coup de téléphone de la planificatrice mais cette fois-ci pour une réquisition police que nous devons faire avant le tsc. Je lui demande le numéro sur la place mais elle me dit qu'elle n'a pas le numéro mais que c'est facile à trouver car c'est le traiteur qui s'est pendu. Effectivement, une fois sur cette place nous trouvons facilement. C'est mon jeune coéquipier qui conduit avec son A collé derrière le véhicule qui arrive à se garer pas trop mal devant. Nous entrons dans la salle de restaurant où il y a 4 policiers qui nous attendent ainsi que la femme qui a fait la macabre découverte et qui semble effondrée. L'un des policier me dit que le pendu est toujours pendu et qu'il va falloir le décrocher. J'entre dans l'arrière boutique et me retrouve face à un monsieur suspendu au faux plafond par une rallonge électrique. Je demande à mon coéquipier d'aller chercher le brancard car j'espère bêtement profiter de la situation pour l'allonger dans la housse sur le brancard sans avoir à le porter car le monsieur est plutôt costaud. Mais il y a trop de bazar dans l'arrière boutique pour pouvoir approcher le brancard du monsieur. A la vue du brancard, la femme s'est effondrée un peu plus. Les policiers l'ont invité à patienter dans leur voiture. Mon collègue me suggère alors de prendre la housse noire. Pendant qu'il va la chercher, je monte sur l'escabeau pour tenter de défaire le nœud. Je me rend vite compte que c'est impossible. L'un des policiers me propose de trancher la rallonge avec un couteau. J'accepte et nous installons la housse sous le monsieur. Mon collègue et moi nous nous mettons de chaque côté le tenant par une épaule et au signal le policier tranche la rallonge. On entend alors une voix de femme dire "t'es sûr qu'elle n'est pas branché, la rallonge". Le policier éclate de rire "c'est maintenant que tu te réveilles". Le monsieur est rigide sur ses deux pieds alors que nous nous attendions à ce qu'il s’effondre sur le sol. Nous l’allongeons en douceur dans la housse. Puis nous transportons le corps jusqu'au brancard et le brancard dans le véhicule. Je dis alors à mon collègue "mince, on n'a pas fait le bracelet d'identification ni la fiche bijoux"... tant pis, on la fera au funé.

Une fois au funé, on commence par le bracelet d'identification puis nous remplissons la fiche bijoux en suivant les différentes rubriques, vêtements, bagues, montre, collier... et là nous éclatons de rire car le monsieur a toujours sa rallonge autour du cou, ce qui lui fait un bien étrange collier. Mon collègue décide de lui enlever histoire de faciliter le travail de la thanato. Pendant ce temps je vais remplir le registre. Le conseiller funéraire arrive à ce moment là. Je lui tends les papiers. Il les regarde et me demande où est le certificat de décès. Je lui répond que c'est une réquisition. Et là il m'explique que ce n'en est pas vraiment une car la demande émane de la famille et que les policiers auraient du me donner un volet du certificat de décès mais qu'il allait se débrouiller pour le récupérer.

En rentrant, au dépôt après le deuxième tsc qui nous a semblé beaucoup plus tranquille mon collègue me fait la réflexion que le confinement à commencé il y a un an jour pour jour et que ça doit expliquer en partie le geste désespéré du traiteur qui a choisi ce jour-là, le 17 mars, pour se pendre, quelle tristesse...

samedi 13 mars 2021

Troisième vague

 Quand il n'y a plus de place dans les frigos, les conseillers funéraires optent pour une mise en bière immédiate. En décembre il y avait tellement de cercueils dans une des maisons funéraires qu'il n'y avait plus assez de catafalques, les cercueils étaient posés sur des chaises de bureaux. Après une période de calme relatif c'est reparti comme en décembre. Cette fois-ci les cercueils étaient posés à même le sol dans les couloirs. C'est la honte. Si ça continue on va les superposer. Oh, il n'y a pas que des covid dans le tas. Il n'y en a que 4 ou 5 sur une quinzaine. On en fait que 3 à 4 par semaine pour l'instant mais ça se rajoute au reste. Il faut dire qu'on est dans une région peu touchée. On est peut-être qu'au début de la troisième vague et on a déjà du mal à suivre pour organiser des convois dans la semaine. On est sans cesse obligé de demander des dérogations pour repousser au delà des 7 jours. Enfin, nous, ça ne nous inquiète pas trop. On gère.

vendredi 26 février 2021

Nouvelle recrue, n°3

 Le premier jour que j'avais passé avec lui, il m'avait mis les nerfs en pelote. Il m'avait dit sur un ton agacé que je n'avais pas arrêté mon clignotant alors que j'aurais dû l'arrêter quelques secondes plus tôt. Il m'avait reproché plusieurs fois de ne pas avoir arrêté les essuies glace alors qu'il ne pleuvait plus. Sauf que quelques secondes plus tard, il s'était remis à pleuvoir. Un jour je préparais un cercueil et il m'avait dit "tu n'es pas très bricoleur, hein?" "non c'est vrai" et il avait éclaté d'un rire peu sympathique en disant "ça se voit"... Si son manque de tact ne me dérangeait pas, je me suis dit qu'il allait en déranger plus d'un. Il ne supportait pas notre maître de cérémonie et il a été remercié hier. On retiendra la fois où il est monté au planning pour demander s'il était possible de plus travailler avec ce maître de cérémonie... Ah si chacun commençait à dire avec lequel de ses collègues il ne veut plus travailler c'est la planificatrice qui démissionnerait.  D'ailleurs selon un de mes collègues, il n'a pas été viré mais il aurait démissionné de lui-même. A mon avis, il a démissionné le jour où il allait être viré car il était convoqué dans le bureau du responsable du personnel. Ce responsable m'avait dit quelques jours plus tôt son intention de ne pas le garder et j'avais tenté mollement de le convaincre du contraire arguant que ce se serait bien de le garder 3 mois de plus, le temps de trouver de nouvelles recrues. Parce que bon, on est à nouveau en sous-effectif et si une troisième vague nous tombe dessus, il va être difficile de ne pas dépasser le temps de travail légal autorisé.

Nouvelle recrue, n°2

 C'était un ancien pompier de Paris, un tatoué, un peu trop tatoué au goût de plusieurs de nos collègues car ses tatouages débordaient sur ses mains et en France on n'est pas hyper tolérant sur les tatouages. On était sur la même longueur d'onde, il faut dire qu'on appréciait la même musique et on fera de belles bourdes ensemble. On retiendra la fois où je l'ai emmené sur mon convoi alors qu'il était prévu sur un autre. Un collègue avait du le récupérer en catastrophe à la sortie de l'autoroute pour l'emmener sur son convoi. Mais la plus belle boulette reste la fois où je me suis trompé de ville sur le GPS en choisissant une ville homonyme mais qui ne correspondait pas au code postal pourtant indiqué sur ma feuille. On avait raté l'entrée et la sortie de l'église et même l'inhumation. Heureusement ce n'était pas nous qui avions le cercueil et nous avons été remplacé à la dernière minute. Je me rappellerais toujours la conversation téléphonique absurde... " vous pouvez sortir la table de registre on arrive" "hey les gars vous êtes où, on est devant l'église" "nous aussi" "Quelle église?" "Celle de B" "argh vous êtes à plus d'une heure de route, c'est mort". Nous avions été convoqué dans le bureau du responsable qui m'avait dit qu'il ne tolérerait pas deux fois une erreur de cette taille.

Il avait le sang chaud et il s'était emporté en fermant un cercueil. Devant la famille il avait jeter ses gants par terre dévoilant ses tatouages sur les mains. Le maître de cérémonie s'en était plaint. Un autre jour, il s'était prit la tête avec ce même maître de cérémonie qu'il n’appréciait guère. Manque de chance le responsable était passé à ce moment là. Quelques semaines plus tard, il était remercié. Dommage, je l'appréciais beaucoup et je l'avais de nombreuses fois mis en garde contre lui-même et ses coups de sang mais rien n'y a fait.


jeudi 25 février 2021

Housse de transport

 On doit faire un tsc tôt le matin d'un hôpital à une chambre funéraire. On arrive en même temps que l'infirmier de la chambre funéraire de l’hôpital. Il nous sort le corps que nous faisons basculer sur notre brancard et je m'aperçois avec effroi qu'il n'est pas dans une housse de transport mais seulement enserrée dans des draps. La défunte est imposante et maintenant qu'elle est sur le brancard ça va être compliqué de la mettre dans la housse que j'avais laissée dans le véhicule. L'infirmier voyant notre désarroi nous dit "allez, exceptionnellement, je vous autorise à partir sans housse vous la mettrez une fois arrivé au funé". C'est ce que nous faisons sachant que le funé est à 200 mètres de l’hôpital. Il y avait peu de risque de se faire prendre par la police. Nous l'avons donc mise dans la housse au funé. Le midi je raconte à nos collègues nos mésaventures du matin dont un oubli de repose tête avec un drap dans une pompe funèbre concurrente que nous avons aussitôt récupérée avec un aller retour en bonus. Nos collègues nous font remarquer que faire un transport de corps sans la housse, c'est vraiment une faute grave même pour 200 mètres. Le collègue avec qui j'ai fait ce TSC me montre un bout de papier sur lequel il avait écrit que ce n'était pas une bonne idée de raconter nos petites erreurs à tout le monde. Plus tard, nous avons une petite discussion ou je lui explique que je me considère comme étant toujours en formation et que le prochaine fois dans le même situation j'insisterais davantage pour mettre la housse. C'est la raison pour laquelle j'aime bien discuter avec nos collègues pour savoir comment ils auraient réagis dans la même situation. Si on commence à faire des entorses au règlement même en le sachant après il ne faudra pas avoir de prétention en tant que formateur. On ne peut pas dire "fais ce que je te dis mais ne fais pas ce que je fais". On a un devoir d'exemplarité les uns avec les autres... sinon c'est la porte ouverte à toutes les dérives et un jour on va vraiment se faire prendre et ce sera la catastrophe avec un licenciement pour faute grave à la clef. Dans notre métier on ne peut pas dire avec désinvolture "oh c'est bon, il n'y a pas mort d'homme". De fait, si, sinon nous ne serions pas là à faire ce que nous faisons.

Certificat de décès.

 La planificatrice m'a demandé si je voulais bien faire un tsc tout seul sachant que la défunte n'était pas lourde. J'ai accepté. Seulement c'était à plus de deux heures de route. Je suis suis parti en début d'après-midi et j'arrive là-bas vers 5 heures. Par chance, je me suis garé au bon endroit. Une infirmière s'étonne de me voir arriver seul et me demande si je souhaite son aide. Je lui répond qu'il me faut d'abord voir la défunte avant de pouvoir répondre à sa question. Le défunte était sur un lit qui était à la même hauteur que le brancard. Je l'ai donc facilement fait basculer dans la housse sur le brancard tout seul. Elle n'avait pas l'autorisation de transport mais seulement un certificat de décès. Elle se renseigne de son côté et je me renseigne du mien. Au moment où j'étais au téléphone avec la conseillère funéraire je m'aperçois avec stupeur que ce n'est pas l'original du certificat de décès mais une photocopie couleur, que la case mise en bière immédiate dans un cercueil simple est cochée et qu'aucune n'est cochée pour le pacemaker ni oui ni non.  Après plusieurs coups de téléphone, la conseillère funéraire me dit que l'original est à la mairie et qu'il faut que je me dépêche d'aller le chercher car la mairie ferme à 17h30 et il est 17h15. Heureusement la mairie n'est pas très loin mais j'ai un peu de mal à la trouver. Il y a un peu de monde et j'attends mon tours. Quand elle me donne enfin le certificat de décès je m'aperçois que la case pacemaker n'est toujours pas cochée. Je rappelle la conseillère qui me dit que ce n'est pas grave, au pire on la cochera nous même après s'être assuré auprès de la famille qu'elle n'en avait pas. Je retourne chercher le corps et je pars enfin. Avec ces histoires de papiers, ça m'a presque pris une heure à laquelle s'ajoute les deux heures du retour jusqu'à la maison funéraire. Celle-ci est fermée quand j'arrive et je dois m'occuper tout seul de l'admission. Puis je ramène le véhicule au dépôt puis je rentre chez moi après avoir noté mon heure de débauche sous-évalué pour ne pas dépasser les 10 heures de travail quotidien. Je me rajouterai une heure sur ma fiche du lendemain. A mi-parcours du retour chez moi, je ne me souviens pas avoir éteint les lumières du dépôt mais je commence à saturer et je renonce à faire demi-tour. C'est encore raté pour un sans faute...

Bracelet d'identification

 Ça fait plusieurs mises en bière que le défunt ne porte pas de bracelet d'identification et à chaque fois j'essaye de mener l’enquête pour comprendre comment mes collègues qui ont fait le TSC ont pu oublier d'en mettre un. Une fois le mec qui a fait le TSC m'a dit qu'il était à la cheville de la défunte ce qui n'est pas pratique pour le montrer au policier si la housse est fermé en bas. L'autre fois j'ai reproché à un gars de ne pas avoir mis de bracelet d'identification. Il m'a dit qu'il ne se souvenait plus s'il en avait mis un ou pas. Et là récemment j'ai fait la mise en bière d'un défunt dont j'ai appris que c'était le même gars qui avait fait le TSC... Ah pour le coup il n'avait pas oublié de mettre un bracelet au défunt seulement il n'y avait rien écrit dessus. Mon collègue en a fait une photo, ça va remonter puis ça va redescendre. Je suis curieux d'entendre ce que le gars va me pondre comme excuse.

lundi 8 février 2021

Epilogue aux 17 couacs du 17 novembre

 Un couac supplémentaire est apparu dans la presse régionale, puisque le fille de la défunte de ce même convoi en a rajouté une couche dans une interview publiée début février dans laquelle elle se plaint à nouveau du manque de dignité des funérailles, accusant, ici, le manque de disponibilité de la conseillère funéraire, là, l'âge des porteurs, les tenues élimées, le prix en augmentation, etc etc. Heureusement l'article est aussi à décharge et, au final, nous nous en sortons pas trop mal.

Le covid du jour.

 Le covid du jour fut aussi le plus rapide. Mon collègue avait très envie d'aller aux toilettes. Il n'a pas mis sa combinaison ni même de masque ffp2. Pour ma part j'ai juste eu le temps d'enfiler ma combinaison, le ffp2 et deux paires de gants pendant qu'il surélevait le lit médicalisé et en quelques secondes on a fait basculer le corps dans le cercueil et aussitôt refermé le couvercle, mis les vis et les caches vis. Pas de famille, pas de police, en quelques minutes on était dehors avec le cercueil et les papiers. On a chargé et il m'a fait arrêter le corbi à 20 mètres de la maison de retraite près d'une voie de chemin de fer où il est allé se soulager. La prochaine fois je chronomètrerais. Il a bossé à Rungis pendant la première vague et il m'a raconté qu'ils n'ont pas toujours mis de combinaison. Il pense avoir déjà eu le covid pendant qu'il était à Paris en renfort mais ne s'est même pas arrêté pour autant. C'est un ancien rugbyman, une force de la nature mais pas très à cheval sur le procédures. 

 D'ailleurs on avait oublié de prendre nos téléphones d'astreinte et j'ai dû affronter un confrère d'une autre pompe qui n'était pas très content du fait que je suis arrivé une demi-heure en retard pour une ouverture de funé. De fait, je ne lui avais pas donné d’horaire. Je me suis donc défaussé sur la personne qui lui a dit que j'y serais à 19h. Si j'avais eu mon téléphone d'astreinte je lui aurait dit moi-même que je n'y serais pas avant 19h30. Évidemment, ça je ne lui ai pas dit. 

samedi 6 février 2021

L'œil du cyclone

 La semaine a été étrangement calme comparée aux semaines précédentes, ça a été aussi la décrue dans les frigos. Pour rigoler, j'ai dit à mes collègues qui se plaignait de cette baisse subite d'activité qu'on était dans l’œil du cyclone et que ça allait repartir de plus belle. Il faut dire qu'on a reçu un mail nous disant qu'on aurait une prime car on aurait atteint les objectifs en Janvier. Je trouve ça terrible de penser que je fais partie des gens qui ont des primes quand tout d'un coup plein de gens meurent en même temps... comme si ça dépendait de nous.  Je ne sais pas si nous sommes déjà sorti de l’œil du cyclone mais aujourd'hui mon téléphone d'astreinte n'a pas arrêté de sonner... un covid à 15h puis un deuxième covid que nous devions faire en même temps dans le même hôpital alors que nous n'avions pas encore l'OS pour pouvoir préparer le cercueil du deuxième. Il a été décidé qu'on fasse le deuxième à 16h en même temps que le TSC du troisième. Sauf que le troisième s'est révélé être aussi un covid et que nous n'avions pas le temps de préparer le cercueil avant la fermeture du service de l'hôpital à 17h. Du coup le troisième a été annulé (il sera fait demain). Je pensais rentrer tranquillement chez moi sauf que mon téléphone a encore sonné et M. m'a annoncé en pouffant de rire qu'un TSC venait de tomber pour un Ehpad vers une maison funéraire. Bref je me suis arrêté au bout de 10h de travail car si on dépasse les 10h on se fait réprimander. Moi, je dis que 39 heures dans la semaine, pour un intermittent, une semaine creuse, c'est déjà pas si mal.  J'en discutais avec un confrère d'une autre pompe qui me disait que pour eux aussi ça s'était sérieusement calmé sauf que le collègue nous apportait un défunt parce que son frigo était plein. Je lui fait la remarque et il me répond qu'ils sont tous arrivés en fin de semaine. 


J'ai fait une photo du registre d'une de nos maisons funéraires. C'est rare qu'on se fasse une série de covid. En général il viennent s'intercaler entre deux "non-covid". On notera sur cette photo l'esprit non-conformiste d'un de mes collègues qui s'est dit qu'en 2021 on pourrait renommer le covid 19 en covid 21 sans passer par covid 20 (ce qui sonnait beaucoup moins bien).

vendredi 22 janvier 2021

Nouvelle recrue, n°1

 J'ai passé la journée avec un nouvel embauché à plein temps pour un CDI. Très sympa, il avait l'air motivé. A la mise en bière, il a eu l'air un peu bizarre, vraiment pas à l'aise. 

Je reçois un coup de téléphone de la planificatrice qui me dit que nous avons à faire un TSC (transport sans cerceuil), après notre convoi, d'une personne de plus de 200Kg, un domicile, et qu'il faut qu'on soit au moins quatre. Elle me demande d'aller chercher le véhicule "TSC" pendant la cérémonie à l'église de manière à perdre le moins de temps possible. On en discute entre collègues et on décide de ne pas y aller pendant la cérémonie mais de partir discrètement dès la fin de l'inhumation sans le maître de cérémonie qui lui restera avec la famille. Le seul problème c'est que ça nous oblige à partir à 4 avec quelqu'un dont c'est le premier jour et avec moi qui ai le plus d'ancienneté des 4 mais peu d'expérience. 

On n'a pas eu de mal pour trouver le domicile ni pour rentrer le véhicule. La famille n'a pas été très bavarde et tout s'est passé de manière assez classique. Je leur ai fait remplir les papiers puis nous avons sorti le brancard. Le défunt était allongé sur un canapé avec une couverture sur lui. J'ai enlevé la couverture d'un coup. Le défunt était en slip. Il était énorme. J'ai demandé au nouveau s'il souhaitait lui mettre le bracelet, histoire de le faire participer mais il a refusé. C'est donc moi qui lui ai mis. Nous l'avons fait tomber dans la housse noire puis nous l'avons tiré jusqu'au brancard. Chacun a pris une poignée puis nous avons soulevé le brancard mais malheureusement C n'a pas réussi a déplier aussitôt les roues du brancard. Il a fallut que je lâche une main pour m'occuper de la deuxième manette en broyant la main de C au passage mais le pire ce fut de mettre le défunt dans le véhicule, quand j'ai voulu replier les roues, le brancard est tombé d'un coup par terre car le poids était trop lourd pour moi tout seul. A la deuxième tentative, à deux, on a réussi à le faire rentrer dans le véhicule mais B s'est légèrement blessé à un doigt qu'il avait laissé au mauvais endroit. Nous avons pris congé de la famille qui n'a pas dit un mot.

Au funé, les deux commerciaux nous attendaient. On a essayé de rentrer le corps dans la partie la plus haute du frigo mais le ventre du défunt ne passait pas. L'un des commerciaux à proposé de s'assoir dessus mais j'ai refusé car si on arrivait à le faire rentrer par ce moyen, on n'arriverait pas forcément à le faire sortir. On a essayé plus bas en enlevant des plateaux mais ça ne passait pas en largeur. J'ai demandé au nouveau de m'aider à bouger les bras de manière à ce que ça passe mais sans succès. 

La commerciale a alors suggéré de mettre le défunt sur une table réfrigérante. Le problème c'est qu'il n'y en avait aucune dans ce funé. Il fallait en chercher une dans un autre funé. J'ai précisé que nous n'étions pas d'astreinte. La commerciale a dit dépité: "Quoi vous n'êtes pas d'astreinte!? il va falloir que je demande au gars de B. pour aller chercher une table... naaann!" B s'est aussitôt porté volontaire. Je me suis également porté volontaire. On a ramené les 2 autres gars au dépôt et je suis reparti avec B chercher la table réfrigérante dans un autre funé. Donc, on revient au funé avec la table et là on s'aperçoit que le gars est trop lourd pour le chariot élévateur électrique. Il manque trente centimètres et à deux c'est impossible de le soulever. Avec B on se marre un coup car flancher si près du but c'est vraiment trop bête. On réfléchit et on se met chacun d'un côté pour aider le chariot élévateur et centimètre par centimètre on arrive à la bonne hauteur. On transvase le gars sur la table réfrigérante. On n'a pas trop le choix sur l'endroit où on place le défunt soit juste devant la porte d'entrée du funé et il ne reste plus qu'à rouvrir le housse. Je rouvre la housse et au moment de sortir j'éclate de rire devant la vision d'horreur que nous avons en fermant la porte. Le défunt saigne abondamment de la bouche et on devine la masse énorme dans la housse. Je dis à B. : "J'espère que la femme de ménage ne viendra pas demain matin parce que bonjour la vision en entrant dans le funé". J'ai appris quelque jours plus tard que la femme de ménage est venu ce matin-là et qu'elle n'est plus revenu depuis. 

Le lendemain matin j'arrive au dépôt et je vois que le nouveau est là dans le vestiaire... je lui dit aussitôt

"ah c'est cool que tu sois revenu ce matin j'ai vraiment eu peur que la journée d'hier t'aie un peu refroidie". Celui-ci me répond

"euh! en fait que je venu pour rendre mes affaires... Vous êtes tous très sympas mais vraiment je pense qu'à long terme je ne m'y ferais jamais" "Je n'ai pas dormi de la nuit"   "Avec ma compagne nous avons d'autres projets"... "mais vraiment je vous admire d'arriver à faire ce job... il en faut des gens comme vous"

Gouttes de pluies sur le cercueil

Gouttes de pluies sur le cercueil
Corbillard au milieu des champs gorgés d'eau
rayons de soleil au cimetière.