samedi 1 août 2020

Coussin pour un défunt.

La mission paraissait simple sur le papier: apporter une table réfrigérante et un défunt à une famille. Je suis arrivé en avance, ce qui m'a permis de discuter avec M, la conseillère funéraire. Elle m'a précisé ce que je devais prendre en plus de la table réfrigérante, 4 petites plaques en marbre (granit?) et une parure pour mettre sur la table réfrigérante. Je lui ai demandé les papiers, ce qui l'a étonné. J'ai cru comprendre que si on se fait contrôler et qu'on n'a pas de papiers c'est l'accréditation de la pompe qui saute et j'imagine que les responsables de cette catastrophe sont vite remerciés. Elle me donne donc les papiers nécessaires. Comme elle finissait à 18h et qu'il est 18h15 elle s'en va. J'attends A. qui doit venir avec le TSC. En attendant je charge la table réfrigérante tout seul, les plaques et la parure. Puis je mets le véhicule à l'ombre. A arrive enfin et je sors le corps du défunt. Je remplis les papiers de sortie de corps pendant que A charge le corps dans le véhicule.

- T'as chargé la table réfrigérante?
-Yep
-M t'a aidé?
- Je l'ai monté tout seul comme un grand
- Je l'ai déjà fait une fois moi aussi
- Dis tu roules pas trop vite j'ai des plaques en granit à l'arrière.
- Quand j'ai un corps dans le TSC je ne roule jamais vite.

Je le suis dans mon véhicule et je m'étonne du caractère labyrinthique de la route. Nous arrivons dans un lotissement et une femme nous attend sur le pas de la porte. A et moi nous descendons la table réfrigérante. Puis il me demande
-T'as les parrures et le coussin?

Je sors du véhicule une parure qui a l'air bien légère et je lui répond que je n'ai pas de coussin

-Tu n'as que ça? Ça craint.
- Si il manque des trucs on peut retourner les chercher à la maison funéraire. On a mis à peine dix minutes pour venir.
- Et on fait attendre la famille? non, ça ne se fait pas. Tant pis on fera avec ce que l'on a. 

Il prend un drap dans le TSC et le repli en cherchant à cacher les tâches de sang. On installe la table réfrigérante dans une chambre puis on va chercher le corps. Je propose à la femme de sortir de la pièce mais elle tient absolument à rester du coup elle assiste à notre conversation. A m'explique:

-Normalement on met une parure en dessous et une au dessus et un coussin sous la tête. Ça fait un peu misère avec le drap sous la tête de la défunte sur une surface métallique.

Je me retourne vers la dame

- Je suis désolé je suis nouveau dans le métier et j'ai oublié un coussin

Elle part aussitôt en chercher un et revient avec une taie d'oreiller. On l'installe sous la tête de la dame et tout de suite ça fait présentable. Antoine lui dit:

- Si vous avez le moindre problème, n'hésitez pas à nous appeler.

A rentre chez lui et moi, dans le premier virage, j'entends les plaques qui s'entrechoquent. Je retourne voir la famille pour leur donner les plaques et je tombe sur les enfants de la dame qui sont déjà des adultes. Je repars aussitôt à la maison funéraire déposer les papiers. Au passage je m'aperçois que dans la voiture il y a une parure qui était passée sous le siège. Or c'était précisément celle que j'aurais du mettre sous la tête. Je décide de la laisser à la maison funéraire et je rentre chez moi.

Ma femme avait invité des amis à prendre le thé et finalement elle leur a proposé de rester diner. Ils sont donc encore là quand je reviens. Nous passons une très agréable soirée et ils partent vers minuit. Peu de temps après mon téléphone d'astreinte sonne. Une personne m'explique que la famille a un problème avec le coussin en plume qui prend l'humidité et la table réfrigérante ne fonctionnerait pas correctement. Je propose de me rendre sur place. 

Je passe à la maison funéraire mais je ne trouve aucun coussin. J'ouvre un frigo et je prends un cale tête. Puis je vais dans un salon où par chance il y a une défunte sur une table réfrigérante et je regarde sous la tête pour voir si il y a un coussin. Je m'aperçois avec horreur qu'elle a des serviettes en papier sous le tête soit une solution bancale que je ne peux imiter devant la famille. Je cherche dans tous les placards et je finis par trouver une sorte de couverture pliée et emballée dans du plastique transparent. C'est mou, pas trop épais et ça résistera à l'humidité. Je prends aussi la parure manquante et une autre plus petite pour mettre sur cette serviette emballée.

Je tente de mettre mon GPS mais le GPS ignore le nom de la rue car il s'agit d'un nouveau lotissement. Je me débrouillerais avec mon portable si jamais je ne trouve pas. J'arrive enfin dans la petite ville limitrophe mais il fait nuit noire. Je reconnais certains ronds points mais je ne suis pas sûr de la route. Je tente le GPS de mon téléphone mais pour une raison que j'ignore la fonction localisation ne fonctionne pas. J'utilise alors mappy comme une simple carte. Puis comme il est 1h du matin toutes les lumière de la ville s'éteignent et là c'est l'horreur car le nom des rues cesse d'être visible. Je m'arrête plusieurs fois et je perds un temps fou. Mais je finis par trouver la rue mais dans la nuit noire impossible de trouver le bon numéro. Le téléphone d'astreinte sonne à nouveau, un monsieur à la voix détachée me dit que la famille s'impatiente. J'appelle aussitôt la famille pour dire que je suis dans la rue mais que je ne trouve pas leur maison. Je finis par voir une lumière devant une maison. Je descend avec mes accessoires mais comme j'ai les mains encombrées, il est trop tard pour prendre mon masque chirurgical. Je commence à fatiguer. La femme de tout à l'heure me dit sur un ton excédé

- Etant donné ce qu'on paye, je trouve inacceptable qu'on nous prête une table réfrigérante qui ne fonctionne pas. Vous, je peux comprendre que vous soyez nouveau dans le métier mais votre collègue, lui il aurait du savoir et faire le nécéssaire.
- Vous avez tout à fait raison  J'ai proposé à mon collègue de retourner chercher ce dont on avait besoin mais il a dit que cela ne se faisait pas de faire attendre la famille. 
- Cela aurait été préférable puisque cela vous oblige à revenir si tard.
- Oui vous avez raison mais les choses sont ainsi. Voyons ce que nous pouvons faire?

J'enlève le coussin de la dame qui est un peu humide et je place la parure, le truc emballé sous la tête et une autre petite parure sur le coussin. C'est beaucoup mieux.

- Qu'est-ce qui ne va pas avec la table réfrigérante?
- Regardez au niveau des pieds ce n'est pas froid du tout.
- Vous savez elle est dans une housse hermétique et au niveau des pieds c'est moins nécessaire. 
- Oui mais il fait chaud dans la pièce et la table n'était que sur deux. Nous l'avons augmenté
- Vous avez bien fait.
- Votre collègue aurait dû savoir qu'il fallait baisser la température, au prix où on paye...
- Écouter des présentations, à cette période de l'année on les fait plutôt dans des salons climatisés et nous n'en faisons pas si souvent à domicile.

Je me penche et j'augmente d'un cran. 

- Ne vous inquiétez pas, la table fonctionne très bien, tout va bien se passer.
- Oui mais quand même votre collègue...

Je rigole

- Oui bon, je crois que je n'arriverais pas à le défendre.

La dame rigole.

samedi 25 juillet 2020

Couacs en série

Quand j'ai vu que j'étais le seul du dépôt à aller là-bas et que je n'avais pas véhicule de prévu je suis tout de suite monter voir le planning. K m'a dit 
-Oui désolé, il y a eu plein de changements, tu prends le "15" demain.

Quand je suis rentré de mon convoi, F m'a demandé de préparer une croix de remarque pour le lendemain. Sur ma feuille il y avait écrit "signe de remarque" puis en bas "croix de remarque" en rouge. Je monte dans les bureaux et la grande responsable me dit de faire les deux mais au vue de ma grimace elle me dit qu'elle va téléphoner au commercial mais F me conseille de préparer une croix de remarque et quand la responsable redescend elle me confirme qu'il s'agit bien d'une croix de remarque et non d'un signe de remarque. Je m'aperçois que c'est pour le convoi du lendemain et je la mets directement dans le "15".
Entre-temps il y a P. qui m'appelle pour me demander si c'est moi qui apporte le cercueil et je lui réponds que ça ne peut être moi puisque je pars avec le "15" qui n'est pas un corbi mais un simple utilitaire. 

Je suis parti avec 20 minutes d'avance et le GPS m'indique que j'y serais à 9h30. La lever de corps est prévu à 9h45. J'arrive donc en avance et je retrouve P. qui est déjà là et me dit d'aller prendre ma température pour pouvoir entrer dans la maison de retraite. Il me demande 

-Tu as les papiers?
- Toujours la même blague. C'est presque lassant.
- Nan je ne plaisante pas.

Une femme m'interpelle.
- La lever de corps est bien à 9h45
- Oui
- Et l'église à 10h30
- Oui
- L'église est juste à côté, vous allez devoir patienter 3/4 d'heure
- C'est possible. 
V et D viennent d'arriver.V prend la parole
- C'est toujours comme ça. V me regarde et me demande:
- Tu as les papiers?

La femme dit sur un ton agressif

- Vous n'avez pas les papiers... sachez que nous non plus. 
- On ne pourra prendre le corps si on n'a pas les papiers. On ne va pas prendre le risque de perdre l'accréditation.

La femme est la directrice de la maison de retraite. Elle explose de colère:

- C'est la dernière fois qu'on travaille avec vous. On n'a que des problèmes avec votre pompe. Vous venez des quatre coins du départements. On n'a jamais affaire aux mêmes personnes. votre organisation est catastrophique.  Avec les autres pompes d'ici, on n'a jamais le moindre problème.
- Je vais appeler le commercial

Le commercial dit qu'il a transmis les papiers au Centre Serveur et que c'est moi qui aurais dû les ramener. V me demande si j'ai vu les papiers ce matin. Si je les avais vu, je les aurais ramené. Le commercial va apporter les originaux mais il se trouve dans la ville d'à côté et il y a 35 km pour venir. On sait qu'on sera en retard pour l'église. On téléphone au CS pour prévenir qu'on sera non seulement en retard à l'église et aussi au cimetière. M est allé voir s' il y avait les papiers en bas. Heureusement pour moi, il n'y étais pas. P fait son numéro de charme pour tenter d'amadouer la directrice de la maison de retraite. Celle-ci nous propose un café pour patienter. Elle nous raconte que depuis que le défunt a fermé les yeux, il y a déjà eu une série impressionnante de couacs et c'est in extrémis qu'elle a réussi à obtenir qu'il reste à la maison de retraite. Je propose de mettre le cercueil dans le corbi en attendant les papiers. Le café est brulant. Les gars disent qu'on va seulement le descendre. On monte dans la chambre et on installe le cercueil qui est déjà fermé sur le chariot. Il ne tient pas dans l'ascenseur. Je propose d'essayer dans l'autre sens. D laisse filer l'ascenseur et nous attendons le suivant mais c'est celui de gauche qui arrive. Il est plus grand. En effet le cercueil tient dans l'ascenseur. Les gars finissent leur café. Le commercial arrive enfin. La directrice va à sa rencontre furibonde.

- Quand je pense que vous m'avez demandé de faire une photo de mon chèque de 65€ pour la croix de remarque et que vous n'êtes même pas fichu d'avoir les papiers en temps et en heure.
- Mais madame il y a eut un problème de transmission, cela arrive. Je suis là et voici les papiers. Allez-y les gars.

Le commercial a les bras croisé et avec ses lunettes de soleil, ses cheveux gominés en arrière et son teint livide on dirait un vampire. La directrice n'insiste pas. 

P demande si les personnes qui sont là veulent se recueillir. Les soignantes sont descendus. La directrice dit que le défunt a passé 8 ou 9 ans en leur compagnie et qu'ils tiennent à venir à l'église et au cimetière. Il n'y a qu'une personne de la famille. P leur propose de faire une haie d'honneur.
Nous passons lentement au milieu et nous chargeons enfin le cercueil dans le corbi. Nous arrivons à l'église à 11h au lieu de 10h30. L’accueil est glacial. La cérémonie est menée sans accroc par plusieurs femmes. On charge le cercueil pour le cimetière. On y retrouve les marbriers à l'extérieur qui rient jaunes. Ils n'ont pas pu entrer. Une des portes est fermé à clef et il n'y a personne à la mairie pour ouvrir. On peut entrer à pieds mais pas avec le camion des marbriers ni avec le corbi. Avec V. on va voir la sépulture. Elle est accessible. On propose à P de sortir le cercueil et de tout faire à pied. P refuse. Il dit que ce n'est pas possible de traverser la rue avec le cercueil sur un chariot et d'aller jusqu'à la sépulture. Ça ne se fait pas. C'est sans appel.

La directrice arrive. Elle est sidérée. Elle est aussi conseillère municipale et appelle aussitôt une personne de la mairie dont elle a le numéro de portable. Un agent technique va venir nous ouvrir. Elle nous dit que toutes les autres pompes ont les clefs du cimetière sauf nous. En attendant je discute avec une jeune aide soignante sympathique à qui je raconte des anecdotes de croque-morts. Elle n'est pas en reste et me raconte qu'une fois elle en a vu un qui est tombé dans le trou.

- il ne s'est pas fait mal au moins?
- Non mais il est tombé de tout son long sur le cercueil. Je n'aurais pas aimé être à sa place.

Enfin, une voiture arrive et un monsieur nous ouvre la porte. L'inhumation se fera sans incident. C'est P qui fera le maître de cérémonie. Je serais de retour au CS à 14h au lieu de 13h. Sur ma feuille d'heure affichée pour justifier l'heure supplémentaire je mettrais en observation "série de couacs".
Du coup, j'ai reçu un sms de JC qui est d'astreinte ce Week-end qui disait "série de couacs ce matin?"
Je lui ai répondu en mettant le nom du commercial. Il m'a répondu "LOL"

vendredi 24 juillet 2020

Elle a toujours été comme ça.

Je croise G. sur le parking, à qui je demande si son convoi s'est bien passé et qui me raconte en quelques minutes comment le cercueil est resté coincé au moment de le descendre dans le caveau, bloqué par une pierre. Le temps que le marbrier intervienne, il entendait la famille dire en rigolant

- Elle ne veut pas y aller!
- De toutes façons, elle a toujours été comme ça!

samedi 18 juillet 2020

Ma deuxième réquisition police.

Après une petite mise en bière, suivie d'une cérémonie à l'église en petit comité et d'une inhumation tout ce qu'il y a de plus classique, avec F, nous sommes retournés au dépôt préparer des cercueils. J'allais partir quand mon téléphone d'astreinte s'est mis à sonner. Je retourne aussitôt dans le bureau de l'atelier prendre tout en note. Réquisition police, au cinquième étage sans ascenseur, un poids plume, il faut l'emmener à l'IML pour autopsie. Voilà qui s'annonce costaud pour débuter cette astreinte.  

C'est F qui conduit le TSC et nous arrivons à l'adresse indiquée ou nous attendent trois flics, un gros qui reste au véhicule, un homme et une femme, petits gabarits, inexpressifs, ni sympathique ni antipathique au premier abord. Ils nous conseillent de prendre d'emblée notre matériel habituel. On n'a pas fait trois pas dans l'escalier que mon téléphone d'astreinte sonne à nouveau pour faire un TSC immédiatement dans une maison de retraite. J'explique que nous commençons la première et qu'il faudra attendre un peu avant que nous soyons à nouveau disponible. La personne me dit qu'elle a d'autres numéros qu'elle peut appeler pour voir s'ils seront davantage disponibles que moi. Je raccroche et je fais à nouveau trois pas dans l'escalier quand le téléphone d'astreinte de F sonne.
Il répond la même chose que moi, ce qui est bien normal vu qu'on est ensemble. Il raccroche. Nous montons encore trois marches. Mon téléphone d’astreinte sonne à nouveau. A ce rythme là on n'est pas près d'arriver au cinquième étage. C'est V. qui m'appelle pour qu'on fasse toujours ce second TSC ensemble  d'une maison de retraite au funé. Je lui explique la situation et que le plus simple c'est que F et moi nous le fassions après celui-ci. V me demande de passer le téléphonne à F. Nous sommes au cinquième et la porte est ouverte. Au moment où je passe le téléphone à F, je vois le corps d'une femme par terre, en petite tenue, visiblement morte. Les deux policiers sont restés à la porte. Pour ne pas perdre de temps, je prends la housse que je déballe et que j'installe près du corps de la jeune femme. Elle a entre 30 et 40 ans. L'appartement est dans un bazar monstre, ça colle par terre mais il n'y a pas de sang c'est seulement très sale. Il y a de la nourriture pour chien, des gamelles. Ma main touche quelque chose de très chaud c'est une box internet en fonctionnement. Il y a un grand écran plat qui est éteint mais une manette de jeu, ps4, qui est allumée en bleu. Il y  a des mouches qui volent mais elle n'a pas l'air morte depuis très longtemps. Ça sent mauvais mais c'est supportable. Il y a un drapeau marocain au mur. La femme n'a pas l'air marocaine mais bien française. Elle a des tatouages dont une tête de mort sur la jambe. Elle a un visage plutôt paisible. Je plaiderais plutôt pour un suicide avec des médicaments mais je ne connaitrais jamais le fin mot de cette histoire. F. lui a plutôt pensé à un féminicide. En tous cas la scène à tout d'une scène de crime. F qui a raccroché m'aide enfin à mettre cette femme dans la housse blanche puis sur la barquette. Elle n'est pas lourde mais je suis au pied et F est à la tête. Ce n'est pas de chance pour lui car il va en baver pour descendre les 5 étages et il me demandera une pause au 2ème étage. Je lui propose de prendre sa place. F. refuse que je prenne sa place. Les deux policiers qui nous suivent sont toujours aussi inexpressifs. 

Je n'insiste pas et nous terminons la descente sans que je peine le moins du monde contrairement à F. 
Je dis à F devant les policiers
- bon, on l’emmène à l'IML mais le policier m'interrompt
- Ah non, comme je le disais à votre collègue, il n'y a plus de place à l'IML, il faut que vous l’emmeniez à  la maison funéraire en attendant qu'une place se libère la semaine prochaine.
-oh pardon, j'avais raté un épisode.
-Il n'y a pas de mal.

Ils sont un peu plus sympathique qu'au départ et la jeune femme policière est un peu plus souriante mais ne déborde pas de joie quand même. 

F qui est toujours un peu stréssé répète en boucle
- Emmener une réqui à la maison funéraire, je n'aime pas ça. C'est la première fois que ça arrive. Je n'aime pas ça.
- Pas le choix, s'il n''y a plus de place à l'IML.

A la maison funéraire, F écrira à quatre reprises partout qu'il s'agit d'une réqui en attente d'une place à l'IML avec tous les détails qui sont déjà sur les documents fournis par la police.

- T'écris un roman?
- Non mais tu ne te rends pas compte... Je préfère prendre le maximum de précautions.
- Je plaisante, tu fais bien.

dimanche 12 juillet 2020

Nouvelle animation

J'étais bien placé, face à l'entrée du magasin, pour proposer mes nouveaux parfums de glace mais pas seulement parce que je pouvais voir entrer chaque personne dans le magasin mais aussi parce qu'il y avait une hôtesse de caisse "libre service" qui était installé juste en face de moi. Celle-ci était particulièrement sympathique, certes pas seulement avec moi, mais avec tout le monde. Moins de trente ans, jolie avec ses yeux bleus aux longs cils courbes, ses cheveux frisés à l'espagnole, elle ne tenait pas en place. Ah pour être vivante elle était vivante celle là.. Elle est venu plusieurs fois discuter avec moi. La première fois je ne m'y attendais pas trop et j'ai un peu perdu mes moyens. Ce que j'ai préféré ce n'est pas de discuter avec elle mais tout ce qui relève du non-verbal. Dès qu'il se passait un truc, on échangeait un regard et soit on rigolait soit on levait les yeux au ciel. Par exemple, lorsque les gens rentraient, l'alarme du magasin sonnait de manière intempestive et incompréhensible, certains s'arrêtaient aussitôt et les portes automatiques se refermaient sur eux, et ils faisaient une grimace de douleur et se décidaient enfin à entrer dans le magasin. Nous avons échangé un grand nombre de regards rieurs et je n'ai pas vu passer ces deux jours. Parfois quand elle discutait avec des hommes de son âge j'étais un peu jaloux et triste mais elle restait égale à elle-même et ne semblait pas donner la préférence à aucun d'entre-eux. Comme j'avais été un peu triste de n'avoir pu lui dire au revoir le premier soir je me suis arrangé pour ne pas rater ma sortie le dernier soir. Je l'ai remercié pour son accueil. Comme elle me faisait de grands yeux étonnés, je n'ai pas trop insisté. Deux jours c'était décidément trop court.

jeudi 9 juillet 2020

Démission

Le chef nous a raconté qu'il avait embauché un gars comme chauffeur porteur et celui-ci lui a téléphonné pour lui dire:

- On touche les morts...
- Les morts n'y vont pas tout seul dans leur cercueil.

Le gars a aussitôt démissionné.

mercredi 8 juillet 2020

Marbrier d'un jour

Lors d'une formation le chef nous a raconté qu'il avait embauché un gars pour la marbrerie. Lors de sa première exhumation, le gars est parti en courant et il ne l'ont plus jamais revu. L'autre marbrier s'était aussitôt retrouvé tout seul...

- Et là vous faîtes comment?

mardi 7 juillet 2020

Collègue d'un jour

Je l'ai croisé deux fois, une fois dans la salle de pause, je lui avais dit bonjour et il avait fallu attendre un certain temps, que ça monte jusqu'au cerveau, probablement, avant qu'il ne réponde bonjour. La patronne nous en avait parlé en disant d'où il venait et qu'il avait fait six mois là-bas mais qu'il ne l'avait pas gardé parce qu'il avait été trop longtemps en arrêt maladie à cause d'un ongle incarné. La deuxième fois que je l'ai croisé, il boitait. Un autre jour j'ai demandé de ses nouvelles et on m'avait raconté que le chef l'avait surpris sans ses chaussures de sécurité mais avec les siennes et que le chef lui avait demandé de remettre aussitôt les chaussures de sécurité. Le lendemain, il était en arrêt maladie. Entre temps, il avait travaillé quelques jours avec Y qui nous avait raconté que le gars lui avait dit que cela lui faisait bizarre d'être habillé normalement car il avait précédemment passer le plus clair de son temps en caleçon à jouer aux jeux vidéo. Le jour où il est revenu de son arrêt maladie, il a été viré. Le gars avait aussi raconté à Y que selon lui, il y avait un tel turnover dans les pompes funèbres qu'il espérait être repris dans une autre pompe si son aventure tournait court dans la notre.

lundi 6 juillet 2020

Toutes les larmes de son corps

J'apportais une composition florale dans la grande salle où devait avoir lieue une cérémonie civile. Il y avait une femme qui pleurait à chaude larme tout en arrosant des fleurs qui étaient déjà là. Sans trop savoir pourquoi, j'avais les warning qui clignotaient, ce qui signifie généralement: fuir. J'ai compris ce qui clochait en revenant apporter d'autres fleurs. Il y avait une énorme flaque d'eau par terre comme si elle avait pleuré toutes les larmes de son corps. La réalité était plus triviale elle en avait mis partout en arrosant les fleurs. Quelques minutes plus tard, cette même personne avait réussi à me coincer, en me regardant droit dans les yeux, les siens étaient vitreux à force de pleurer, elle m'avait dit:

- Je suis la femme du défunt
- Si vous souhaitez quelque chose concernant la cérémonie, le maître de cérémonie se trouve juste derrière vous.

Et au moment où elle s'était retourné je m'étais aussitôt éclipsé. Elle n'avait visiblement rien à dire au maître de cérémonie. Pendant toute la cérémonie civile qui alternait des textes qui concernaient exclusivement le défunt qui était un bon vivant de son vivant et les musiques, cette femme n'était aucunement intervenue. En revanche à la toute fin, lorsque j'ai ouvert les portes, elle s'est précipité dehors pour pleurer bruyamment et elle a lâché un très explicite:

- il n'y avait aucune place pour moi dans cette cérémonie. 

Plusieurs personnes sont aussitôt arrivés pour la rassurer, lui dire qu'elle avait été cité deux fois dans les textes implicitement et elle avait vite séché ses larmes. Un peu plus tard, le maître de cérémonie m'expliqua qu'il s'agissait en fait de l'ex-femme du défunt et que la cérémonie avait été organisé par la dernière femme du défunt.

dimanche 5 juillet 2020

Cougar

Pendant une cérémonie civile, nous étions quatre croquemorts à raconter des bêtises près du corbillard lorsqu'une femme d'une soixantaine d'années tout de noir vêtue mais avec des motifs léopard en noir et blanc sur sa robe, plutôt grande et élégante, sur ses talons aiguilles. Elle nous regarde alternativement et elle me dit d'une voix qui se veut sensuelle et provocante mais un peu éraillée par le tabac ou l'alcool ou les deux :

- Je monte avec vous
- Pardon?
- Je monte avec vous.

J - Excusez-moi, quel est le nom du défunt?

Évidemment, elle donne un nom qui ne correspond pas à celui de notre convoi.

Y- cela aurait été avec plaisir mais vous vous trompez de convoi.

Elle repart en direction d'une trentaine de personnes. Je vois à travers les vitres du corbi que la famille pouffe de rire. Dommage qu'elle ne soit pas de notre convoi, on aurait bien rigolé avec cette dame.

samedi 4 juillet 2020

Cordes

On descend le cercueil, il y en a un qui n'arrive pas à enlever le crochet de la poignée, c'est moi. Nous sommes sous le regard d'une cinquantaine de personnes. Je n'ai jamais été doué pour la pêche à la ligne. Mes collègues me disent discrètement de laisser tomber mais J, légèrement agacé, me prend la corde des mains et il réussit à décrocher cette fichue corde.

vendredi 3 juillet 2020

TSC improvisé

J'étais en train de faire des plaques de cercueils quand au dessus nous avons entendu des cris.

- C'est quoi ce bruit au dessus?
- C'est D, le responsable qui aboie au téléphonne.

M entre dans l'atelier et nous dit sur un ton goguenard

- Je dois faire un TSC avec Ch. et il est encore à 100km d'ici. Je ne sais pas ce qu'il fait.

Les aboiements, tel un orage, s'approche. 

- Bonjour, est-ce que quelqu'un parmi vous n'est pas pressé ce soir, il y a un TSC à faire de suite. Ch n'est pas près d'arriver.
- Je ne suis pas pressé. Je veux bien faire un TSC avec M

Je me retrouve propulsé dans la campagne environnante avec M qui roule un peu trop vite. M connait bien cette campagne car c'est l'endroit où il chasse. Nous arrivons au bout de 35 minutes dans une maison dont rien ne laisse penser qu'elle abrite un défunt. Il y a une dizaine de personnes qui discutent dehors assis sur des chaises, ni joyeux, ni triste. Sur le trajet j'avais eu la conseillère funéraire qui m'avait dit qu'il y aurait quelques marches. La bonne blague, c'est au premier étage il y a un escalier en plus de quelques marches au rez de chaussé. M s'occupe des papiers avec la famille et je prépare le matériel pendant ce temps. Je sors le brancard et la barquette. Je prépare deux paires de gants et le bracelet d'identification. Heureusement, la petite dame n'a pas l'air lourde. Elle est nue sous un drap. Je place la barquette et M tire le corps vers lui. Brr, je n'aime pas trop la nudité des femmes mortes. J'évite tout jugements et je pense à la méditation sur les cadavres. Une fois dans la housse tout est plus simple. Nous la mettons sur la barquette et descendons l'escalier. Je sais que M a des problèmes de dos. Je prends l'avant et M l'arrière mais très vite ça coince dans l'escalier. Il y a deux hommes qui arrivent et qui nous proposent leur aide. M dit tout de suite oui. Et comme je suis coincé je suis obligé de laissé la barquette à l'homme qui a l'air assez costaud. Je récupère la barquette en bas de l'escalier et je la sangle sur le brancard et devant les gens assis sur les chaises je place le brancard dans le TSC. Je remercie vivement les deux personnes qui nous ont aidés. et nous repartons à la maison funéraire la plus proche. Avant de la placer au frigo, je suis obligé de rouvrir la fermeture éclair. Brr, les liquides qui coulent des visages des défunts ne sont pas du meilleur effet. En moins de deux minutes l'affaire est réglée. Et nous reportons au dépôt. Nous retrouvons Ch qui doit faire le second TSC avec M. 

- Je suis désolé
- Pas de souci

J'ai été sur un petit nuage toute la journée depuis que j'ai eu ma fille au téléphone

- Bravo, ma fille adorée pour avoir réussi le concours d'entrée en médecine.
- Je t’enverrai des clients... enfin, seulement ceux que je n'aurais pas réussi à soigner.  


jeudi 2 juillet 2020

Inhumation d'urne

Je devais seulement inhumer une urne en présence de la famille. Avant je devais préparer des cercueils et j'avais demandé à M combien de temps je devais prévoir. Ce n'est pas loin, une demi-heure, lui semblait bien suffisante. A l'heure dite, j'arrive au cimetière et je vais voir directement le gardien.

- Bonjour, je viens inhumer une urne. C'est la première fois que je fais ça mais il y a un début à tout n'est-ce pas?
- T'es tout seul et c'est dans un quart d'heure, vous êtes incroyable dans votre boite.
- C'est quoi le problème? Le caveau n'est pas prêt?
- Ils sont venus hier le nettoyer mais il faut que tu poses le joint et que tu mettes les vis avant, sinon ça va être compliqué devant la famille.
- Ok, c'est où?
- 66 ce n'est pas écrit dessus, c'est la septième en partant de la droite, dans la zone G.

J'y vais avec le corbi. Il y a deux rangées de dalles sur-lesquelles il n'y a rien d'écrit comment savoir si c'est la bonne? J'ouvre les caveaux, un peu au hasard et  je constate qu'ils sont plein d'eau. Je compte sept en partant de la droite et j'ouvre un caveau qui est vide et propre. Je ne sais si je dois poser le joint sur le bord ou sur le couvercle. Je teste les vis. Elles sont trop longues. Je ne suis même pas sûr que c'est le bon caveau. L'heure tourne. Je décide de ne rien faire sans le gardien. Je vais au créma chercher l'urne. La famille n'est toujours pas là.

- Bonjour, je viens chercher l'urne de M. V.
- Bonjour, elle n'est pas prête.
- Cool, ça me laisse un peu de temps
- Mais il y a des fleurs.
- Ouch, il y en a beaucoup
- Va chercher le corbi, je vais t'aider à les charger.

Je reviens avec le corbi

- Dis à ton avis, le joint je le colle sur le couvercle ou sur le rebord?
- Charge les fleurs je te fais un croquis.
- Joli croquis mais ce n'est pas un joint en silicone mais en caoutchouc à coller
- Vois ça avec le gardien. T'as un cutter sinon je te prête mon couteau.
- C'est bon j'ai tout ce qu'il faut dans la valise.

Le gardien vient à ma rencontre et comme la famille n'est toujours pas là, nous décidons d'aller voir le caveau. Pendant que je décharge les fleurs. Le gardien met le joint par petit bout qu'il découpe avec le cutter.

- Merci c'est sympa, c'est bien mieux fait que je ne l'aurais fait.  Dis-moi, le signe de remarque, je le plante où?
- Tu ne pourras pas le planter, c'est du béton tout autour et là-bas, c'est bien trop loin. 

La plaque où est écrit le nom et les dates de naissance et de mort est cloutée au bois. Avec un tournevis j'arrive à défaire un côté mais de l'autre j'ai peur d'abimer la plaque. Pas le choix, je suis obligé de forcer et le clou reste figé dans le bois et le trou à travers lequel le clou passait s'est agrandi pour faire passer la tête. Malgré cela, elle n'est pas trop abimée et je la colle avec du silicone sur la plaque du caveau.

- Je fais marcher les gens derrière le corbi?
- Je te conseille de laisser le corbi là, autant y aller à pied.

Nous retournons au créma. La famille est là mais je décide d'aller voir d'abord le gars du créma pour savoir dans combien de temps l'urne sera prête. Je vais ensuite voir la famille.

- Bonjour, l'urne sera prête dans 5 minutes, ensuite nous pourrons aller l'inhumer. C'est au bout de l'allée.

L'urne est prête. 

- Tu y vas avec le corbi, j'espère, parce que c'est du granit et pour aller jusqu'au bout de l'allée à 800m, tu vas en baver.
- Attends, fais voir. Non c'est bon, t'inquiètes
- Si tu ne veux pas t'embêter à la porter tu peux demander à quelqu'un de la famille.

Je retourne avec la famille.

- Nous allons pouvoir y aller. L'urne est assez lourde. Ça ne me dérange pas de la porter mais si vous préférez la porter c'est comme vous voulez.

Un homme assez jeune aux yeux rougis par les larmes, me la prend des mains. Nous marchons devant avec le gardien.

- Tu me disais que parfois on venait à trois et alors? 
- A trois corbillards, avec cinq porteurs, de C ou de B et parfois comme toi, tout seul. Ce ne sont pas toujours les mêmes personnes qui font la mise en bière, la cérémonie et l'inhumation pour une même famille. Vous ne savez même pas quelle famille c'est. C'est du grand n'importe quoi votre organisation. 
- Oui, c'est vrai mais c'est parce que c'est une grosse boîte sur plusieurs départements. Les planificateurs font comme ils peuvent avec ceux qui restent quand les autres sont en congés ou en arrêt maladie. Comme c'est pareil avec le stock, je ne te dis pas le nombre d'erreurs qui sont faites quotidiennement. 

Le jeune homme pose l'urne sur le socle que j'avais prévu à cet effet. 

- Je vous propose un petit temps de recueillement.  

Le jeune homme a un certain charisme. Il demande à la famille de s'approcher. Ils sont une trentaine. Une personne vient toucher l'urne cubique en granit noir.

- Si vous voulez faire un dernier geste, vous pouvez.

Une femme s'approche de l'urne.

- Excusez-moi mais pourquoi sur l'urne c'est écrit 1958 et sur la plaque qui est là 1957?
- C'est une erreur dont j'ignore l'origine. Laquelle est la bonne date? 
- 1957
- Je vais refermer le caveau et la mauvaise date ne sera plus visible. On verra la bonne date sur la plaque à l'extérieur. Je vais en parler à mes collègues et si je peux corriger l'erreur en changeant la plaque sur l'urne, je le ferais.

La femme acquiesce. Deux ou trois personnes vont s'approcher de l'urne. Puis j'attends un peu. Le jeune homme me regarde et je comprends que je peux prendre l'urne que je dépose au fond du caveau. L'urne est lourde et le caveau profond. Je pense à mon dos et je plie bien les jambes, tant pis pour l'élégance. 

- Puis-je refermer le caveau?

Le jeune homme regarde la famille puis me fait un signe de tête. Là encore je pense à mon dos. Je visse et je me relève. 

- Je vais disposer les fleurs sur le caveau. 
- Il y en a beaucoup ça va déborder autour.
- Les autres caveaux sont vides, ce n'est pas grave mais si vous voulez récupérer un pot ou deux, vous pouvez. 
- Non non, si ça ne vous dérange pas on laisse toutes les fleurs.

J'installe les fleurs avec le gardiens et nous enlevons tous les plastiques. Nous disons au revoir et nous repartons avec le corbi. Je rigole

- ahaha même pas fichu de mettre les bonnes dates sur deux pauvres plaques...
- C'est fou.
- Je suis curieux de comprendre ce qui s'est passé.

Je laisse le gardien à l'entrée du cimetière et je retourne au dépôt. Il n'y a personne dans l'atelier. Je monte dans les bureaux. 

- bonjour bonjour, il serait possible de jeter un œil aux fiches de préparation de cercueil, Je cherche celle de M. V
- Cercueil préparé au dépôt de D par A.   
- Est-ce que je peux refaire une plaque d'urne pour corriger une erreur de date et la poser sur l'urne au cimetière?
- Oui mais attention, il ne ferme pas à 5h le créma?
- Je ne sais pas, je vais voir. Par ailleurs, je n'ai pas pu mettre le signe de remarque c'est du béton tout autour. J'ai collé la plaque sur le couvercle du caveau
- Faudra rappeler le commercial pour qu'il enlève le signe de remarque de la facture à la famille sinon on va encore dire qu'on est des voleurs.

J'appelle le créma

- Rebonjour, dis? ça ne te dérange pas si je change la plaque d'urne dans le caveau où j'ai fait l'inhumation tout à l'heure, il y a une erreur de date.
- Ah bon. Ce matin, il manquait la plaque d'urne. C'est un gars de chez vous qui l'a faites et l'a apporté et je n'ai même pas pensé à vérifier la date.
- Ah, je comprends mieux... vous ne fermez pas à 17h?
- non, 18h
- Ok j'arrive

Lorsque j'arrive au créma, je reconnais la famille qui n'est pas encore parti. J'ouvre ma vitre et je montre la petite plaque d'urne

- Je vais la changer

Le jeune homme de tout à l'heure me montre son pousse en signe de remerciement et les autres me font un signe de tête. Une fois au caveau, je suis obligé d'enlever toutes les fleurs. Je rouvre le caveau et je change la petite plaque d'urne. Je remets les fleurs et je retourne au dépôt. Je suis en train de finir un cercueil quand J et F arrive.

- Dis moi F c'est toi qui a fait la plaque d'urne ce matin?
- Oui pourquoi il y avait une erreur
- 1958 au lieu de 1957
- A m'a appelé en catastrophe pour que je fasse une plaque d'urne qu'il avait oublié de faire mais il n'avait aucun document et ne se souvenait que de l'age du type. J'ai calculé ça faisait 1958
- Il est né le 25 décembre 1957, à cinq jours près t'étais bon.
- Je ne vois pas pourquoi ça te fait rire, ça m’énerve, toutes ces erreurs.
- Écoute, je préfère en rire parce que c'est franchement la honte d'avoir une plaque à 1957 et une autre à 1958. Il ne pouvait pas vérifier A sur le cercueil ou sur sa feuille?
- Le cercueil était déjà parti et puis tu connais A.
- Ok

Je regarde ma feuille.

- Tenir le registre ça veut dire quoi?
- Tu ne l'as pas fait? 
- J'ai zappé.


mercredi 1 juillet 2020

Croque-mort à table

Lors des premiers repas dans la salle de pause, j'ai eu droit aux pires conversations qu'on puisse imaginer. Par exemple, V qui raconte comment il fait pour fermer la bouche d'un défunt à l'aide d'une aiguille et du fil. Vous êtes assis en regardant votre assiette quand V dit debout en joignant les gestes à la parole. 
-Habituellement on passe là mais moi je préfère passer là  puis là. Comme un poulet qu'on ficelle, ce n'est pas plus compliqué que ça.

Puis se sont les marbriers qui s'y mettent, à raconter les exhumations. La fois, par exemple où il avait garé leur camion dont le contenu sentait horriblement mauvais, juste sous les fenêtres d'un restaurant.

Il n'y a pas si longtemps, j'étais en train de manger quand F. me dit tout fier:

 -Tiens j'ai pensé à toi car tu as bien fait d'échanger ton astreinte avec moi car j'ai fait un suicidé pendant celle-ci
- Un pendu ?
- Non, il s'est tiré une balle avec son fusil
- La tête?
- Non, il a visé le cœur. Il baignait dans son sang. Il y en avait partout.
- Dans son salon?
- Non dans son garage au sous-sol
- Pas de famille?
- Si. Elle était là. Un dépressif. 
- Tu étais avec qui?
- V.
- Ça a été?
- Fallait bien.

mardi 30 juin 2020

Enfer et damnation

- Tu verras c'est simple tu prends ici un utilitaire et tu vas chercher un TSC au dépot de N, tu vas chercher un corps à C et tu le ramènes à N.
- Je fais comment pour récupérer la clef du TSC?
- T'inquiètes, il y aura quelqu'un au dépot de N.

Sur le papier, c'est simple, dans la réalité beaucoup moins. Le GPS n’emmène facilement jusqu'au dépôt de N. C, le conseiller funéraire est occupé avec une famille. Il s'interrompt pour m’emmener dans le dépôt chercher la clef du TSC puis jusqu'au véhicule spécialement équipé pour faire un Transport de corps Sans Cercueil. 

- Il est 15h30 pour un transfert prévu à 15h. C'est quand même bizarre de faire venir un gars de T pour Faire un TSC à N.
-Pénurie de personnel, j'arriverais quand j'arriverais.

Pas de GPS dans le TSC, je suis obligé d'utiliser mon téléphone car je ne connais pas C. J'arrive à l'hôpital mais je ne vois pas de pancarte "chambre funéraire". Je fais le tour par derrière. Enfin je vois la première pancarte. Je vois un monsieur qui me fait non de la tête comme s'il devinait où j'allais.

- Ce n'est pas ici, il vous faut traverser le parking puis vous prenez la rue qui descend.

Je me gare et je trouve la porte. Il y a un téléphone et à côté le numéro à composer. bipbipbip. Personne. Il ne me reste plus qu'à aller à l’accueil. En arrivant par derrière l'accueil n'est pas indiqué. Je m'engouffre dans un bâtiment qui est bien vide. Je demande mon chemin à une dame dans une salle. Je prends un long couloir mais il faut descendre un étage pour arriver à l'accueil. On me dit de retourner à la chambre funéraire. Une personne va arriver. Je retraverse un dédale de couloir avec de temps en temps une voie sans issue qui m'oblige à faire demi-tour. Je retrouve enfin la chambre funéraire et un homme me dit bonjour. Vu son peu d'entrain, cela fait déjà un moment qu'il m'attend. J'ouvre la porte arrière du TSC et là! horreur. Il n'y a absolument rien dans un grand coffre vide. Enfer et damnation. De l'extérieur, il ressemble au TSC de notre dépôt mais à l'intérieur il manque tout l'équipement, le caisson, les brancards. J'aurais dû vérifier.

- Sans chariot ça va être compliqué, me dit l'infirmier sur un ton laconique.
- On ne peut pas faire sans?
- non
- Je suis désolé. Je retourne au dépôt et je reviens dans une demi-heure. J'espère que ça ne vous dérange pas trop.
- Non, allez-y je vous attends ici.

J'appelle K. Le planificateur.

- Je suis à l'hôpital et le coffre du TSC est vide.
- Je ne connais pas les véhicules et je ne comprend pas pourquoi il n'y a pas de brancard.
- Tu peux appeler C pour lui dire que je reviens chercher ce dont j'ai besoin, s'il te plait.

Je repars et je me dis que je n'ai pas besoin du GPS pour le retour sauf qu'à un rond point je me trompe de route et je m'arrête sur le côté pour remettre le GPS.  Une fois à la maison funéraire je vais voir C. Il me montre une autre clef de véhicule. 

- Ah je comprends, je n'ai pas pris le bon véhicule. Tu savais qu'il y en avait deux identiques?
- Oui  mais j'étais avec une famille, je n'ai pas fait attention. Tu aurais dû vérifier.
- Ça c'est sûr. 


Je vois une femme arrivé droit sur moi elle porte un masque de thanato. Je l'ai déjà vu dans une autre maison funéraire. Heureusement, ce n'est pas ma thanato préférée.

- Je suis désolé j'ai eu un souci de véhicule. J'y retourne tout de suite. Je serais là dans une demi-heure
- Je vais voir ce que je peux faire en attendant.

L'autre véhicule est un peu plus loin garé dans un garage. Je ne l'avais pas vu. Est-ce que la porte était ouverte? J'ouvre le coffre et retrouve tout ce qu'il y a habituellement dans un TSC. Je repars aussitôt.
Il y a plus de circulation qu'au premier voyage et je suis longuement un tracteur qui n'avance pas. Le véhicule fait un son continu lourd et grave. J'ai l'impression d'être dans un vaisseau spatial d'autant plus que j'ai oublié ma clef usb dans l'autre et que je n'ai pas envie d'écouter la radio. 

J'arrive enfin à la chambre funéraire à 16h45. Je me gare. J'ouvre le coffre et je commence à défaire le brancard de gauche quand je m'aperçois qu'il la barquette dont je n'ai pas besoin dessus. L'infirmier tente sans succès de défaire l'autre. J'arrive à sortir le brancard. Je sens l'impatience de l'infirmier qui défait lui même les sangles de mon brancard. En quelques secondes le corps d'une femme au ventre impressionnant passe dans la housse. Je vérifie le nom sur le bracelet. J'ai oublié mes lunettes. L'infirmier lis le nom à haute voix. C'est bien ça. La fermeture de la housse se referme. Et c'est parti. Merci et au revoir à l'infirmier. J'ai bien du mal à mettre la dame dans la place de droite. Ça coince. Je recule le brancard et l'avance un grand coup en forçant un peu et ça passe. Je refais le chemin en sens inverse. 

La thanato me guide pour me garer. Je sors le corps et nous l'installons sur une table.  Elle ne perd pas de temps et sors son matériel. Elle a déjà commencé 

- Je peux rentrer, ça ne vous dérange pas.
- C'est à vous de voir.

Je rentre dans la pièce avec le certificat de décès pour remplir le registre. J'évite de regarder ce qu'elle fait mais les bruits de sucions sont explicites dans mon dos.  Je repars en évitant bien de regarder ce qui se passe sur la table d'opération et je vais voir le conseiller funéraire qui me dit

- Je suis désolé pour l'erreur de véhicule
- Pas grave, pour moi du moins... un peu plus pour la thanato.

Le téléphone se remet à sonner de toutes parts et il décroche les deux téléphones.  Dès qu'il me regarde je lui glisse.

- Il y a un problème d'orthographe sur le prénom de la défunte sur le certificat de décès.

Il me fait signe de la tête comme s'il avait compris malgré les deux conversations qu'il a en même temps. Je n'insiste pas et je m'en vais.

De retour au dépôt, je croise G qui m'explique en long et en large que porter les fleurs dans une cathédrale c'est pénible.

- Et le cercueil, vous l'avez porté à l'épaule? 
- Non j'avais prévu le chariot
- Dis-moi? Ne pas faire confiance à un conseiller funéraire c'est la règle ici?
- Ni à un conseiller funéraire ni à n'importe qui d'autre

Je lui raconte brièvement l'erreur de véhicule

- Faire confiance n'empêche pas de vérifier, c'est plutôt ça la règle et quand les conseillers funéraires arrêteront de prendre rendez-vous avec les thanatos avant d'avoir le corps à la maison funéraire. Ils feront gagner du temps aux thanatos. le TSC devait avoir lieu à 15h et le thanato à 16h et t'es arrivé avec le corps à 17h. Bien fait pour sa pomme au conseiller.


lundi 29 juin 2020

Humour noir.

Nous sommes à table pour le diner du soir en famille.

Ma fille : Tu t'es occupé de combien de défunts aujourd'hui?
Moi : un ce matin et un cet aprem, ça fait deux.
Mon fils (imitant un psychopathe se frottant les mains) : mais la journée n'est pas finie...
Moi :  et après j'ai préparé des cercueils.
Ma fille : Vous avez différents modeles?
Moi (imitant mon fils imitant un psychopathe) : On en a même pour les enfants.
Ma femme : Ce n'est vraiment pas drôle. J'en ai marre. Je sors de table.

dimanche 28 juin 2020

Don d'organes

Tout est allé très vite. On est arrivé. Un agent de sécurité nous a ouvert. On a fait passé l'homme d'un plateau à notre brancard, dans la housse en quelques secondes. On remercie et on s'en va. On monte dans le véhicule et JC dit:

- Il me semble qu'il y avait des vêtements.
- Comment tu le sais?
- C'est marqué sur la fiche du TSC
- Ah bon! je ne l'ai pas vu.
- C'est une case qui est coché informatiquement. 
- S'il y avait eu des vêtements. Il nous les aurait donnés.
- Peut-être mais je préfère vérifier. Tu peux arrêter la musique, j'appelle la famille.

Pour une question toute simple, la conversation téléphonique me semble bien longue. D'après les réponses laconiques de JC je ne devine rien. Il raccroche.

- La liste des vêtements était si longue que ça
- Nan. Elle m'a expliqué qu'une partie de la famille ne doit pas savoir qu'il y a eu don d'organes c'est pourquoi elle a donné des directives précises. 
- Ah je comprends, s'il a des vêtements d'hôpital, alors qu'il n'est pas mort à l’hôpital, les gens vont se poser des questions.
- C'est ça. J'appelle la conseillère funéraire.

 La conseillère funéraire nous rappelle pour nous dire que quelqu’un va venir. JC va s’assoir sur un banc et nous discutons en attendant. Nous sommes dimanche et il n'y pas foule. Le temps passe et toujours personne. Enfin le même agent de sécurité arrive.

- Je suis désolé j'ignorais qu'il y avait des vêtements.
- Désolé de vous faire revenir mais c'est en relisant la feuille avant de partir que je m'en suis aperçu.
- Normalement, ils devraient être là.

Ils n'y sont pas. JC rappelle la conseillère funéraire qui rappelle un médecin de garde. La conversation avec l'agent de sécurité patine un peu.

- On n'est pas obligé d'être deux à attendre ici. Je retourne au véhicule.
- Dis que tu t'ennuie avec nous
- Nan mais j'ai un livre dans mon sac et il y a du suspens.

Je retourne dans la voiture et reprend ma lecture de "Mes sincères condoléances : mémoires incroyables d'un croque-mort" de Guillaume Bailly. C'est rigolo de lire ça alors que je suis en train de faire un TSC (Transport Sans Cerceuil) et que j'ai un cadavre dans mon coffre. Je n'ai même pas le temps de lire un court chapitre en entier que je vois débouler un médecin avec un paquet.

- Je suis désolé, on l'avait mis dans une autre pièce, vous ne pouviez pas le trouver
- Pas grave, je vous remercie d'être venu si vite.

Je prends le paquet et je rejoins rapidement les deux autres. La médecin me suit ce qui lui permet de discuter un instant avec l'agent de sécurité qui n'était au courant de rien.

Nous repartons enfin mais il est déjà midi.

- Je te propose une pizzéria libanaise près de la maison funéraire. Au moins je suis sûr qu'elle sera ouverte aujourd'hui dimanche.
- ok, ça me va. Il y a toujours au moins une pizza végé.... le mort peut rester dans le coffre?
- Vu le temps, aujourd'hui, il ne risque pas de tourner.
- Le prochain TSC n'est qu'à 15h, On a le temps.

Une fois rentré chez moi. Je suis dans ma cuisine quand ma fille entre. Je lui dit brutalement alors qu'elle n'a pas fait un pas

-Au fait, je donne mes organes à l'hôpital, dans la mesure du possible.
- Ah toi aussi! mais pourquoi tu me dis ça, là, maintenant?
- J'en ai fait un aujourd'hui.
- Ah ouais, répond-elle sur un ton goguenard et t'as donné quoi comme organe?



samedi 27 juin 2020

Petit oubli à la pompe

Nous venions de faire un TSC (transport sans cercueuil) qui s'était très bien passé. Nous avions trouvé tout de suite. Le personnel de l'Ehpad avait été diligent. La responsable m'avait demandé de couvrir le brancard métallique avec le drap de manière à moins choquer les résidents. Une petite dame s'était empressé de dire en me voyant: 
- Ce n'est pas moi que vous venez chercher
- Non, vous, vous êtes en pleine forme, ça se voit tout de suite.

Un monsieur se leva pour me demander qui je venais chercher mais resta impassible quand je lui donnai le nom de la personne que visiblement il ne connaissait pas. La responsable nous accompagne rapidement à la chambre et nous donne les papiers dont le certificat de décès. Nous mettons la petite dame toute légère dans la housse et nous repartons aussi sec à la maison funéraire que nous connaissons bien. Nous sommes rodés. Je m'occupe de remplir le registre pendant que mon collègue met la dame au frais. Comme j'ai conduit à l'aller il me demande s'il peut conduire au retour. Je trouve sa question bizarre mais il m'explique que comme ça il peut retourner le véhicule pendant que je termine d'écrire le nom de la personne sur le petit carton qui se place sur le frigo. Je lui passe les clefs et dès que j'ai fini je ferme la boutique et je m'installe côté passager. Au moins, je n'aurais pas à faire le plein. Nous nous arrêtons à la station essence puis nous repartons au dépôt. Je lui dis:

-c'est cool quand ça se passe comme ça.
-une opération rondement menée
-Pas mieux

Une fois arrivé au dépôt il descend du véhicule et me dit avec un air ahuri: 

-Je n'ai pas payé
J'éclate de rire et me reprend aussitôt
-ça craint
-J'y retourne

J-C est capable de prendre de l'essence à la station service et de repartir sans payer.  Je l'ai attendu avant de rentrer chez moi.

-Qu'est-ce qu'ils-t-ont dit?
-Le gars s'est marré mais je ne suis même pas sûr qu'il s'en était aperçu.

Je rentre chez moi et je m'aperçois que je n'ai pas la clef du dépot. J'appelle J.


-Excuse moi j'ai oublié la clef du dépot dans mon pantalon de service. Il faudra que tu m'ouvres la porte pour le TSC de demain
- Pas grave pour la clef. Tu m'as fait peur. Je venais d'arriver chez moi et en entendant la sonnerie du portable j'ai cru qu'il fallait que je reparte pour un nouveau TSC.
- ahaha, désolé, t'inquiète, ça m'étonnerait qu'on nous appelle avant celui de demain mais sait-on jamais?




vendredi 26 juin 2020

Ma première réquisition police.

Ses pieds dépassaient du drap beige orangé posé sur lui. Le drap était de la même couleur que la salle de bain dans laquelle le corps gisait par terre par conséquent je ne l'ai pas vu tout de suite quand je suis entré dans la chambre de cet hôpital psychiatrique. Il m'a fallu plusieurs coups d’œil alternatifs au lit vide puis au sol de la salle de bain pour vraiment percuter que celui que je venais chercher se trouvait là. J'ai pensé un bref instant à Harry Potter sous la cape d’invisibilité.  J'étais avec deux infirmières et quatre policiers mais j'étais le seul des pompes funèbres et quand j'ai demandé à l'infirmière si je posais la housse au sol ou bien sur la brancard et qu'elle m'a répondu

-faîtes comme vous avez l'habitude, j'ai éclaté d'un petit rire gêné...
-c'est que je n'ai pas vraiment l'habitude

...d'aller ramasser les gens morts dans leur salle de bain. Elles étaient toutes les deux gentilles et bienveillantes et la brune était la plus jolie des deux. Celle-ci m'a demandé :

-On peut laisser le drap?
-J'aimerais autant.

Je n'avais pas plus envie qu'elle de voir la tête du mort.  A trois on a fait glisser le corps  dans la housse pendant que les quatre policiers restaient les bras croisés dans le couloir à écouter ce que nous faisions.

-Il se baisse votre brancard?
-ouioui

Et vlan voilà que le brancard bascule d'un coup dans un grand bruit métallique faisant sursauter la brune;
-Hey faut pas me faire des peurs comme ça
-Je suis désolé mais c'était le seul moyen de le baisser.

Je tire sur la housse qui glisse sur le sol et que je hisse sur le brancard avec l'aide des deux infirmières. Je jette un œil à l'un des policiers qui comprend tout de suite qu'il est hors de question que ce soit l'infirmière qui soulève le brancard pour remettre les roues en position. Nous soulevons et là je me retrouve comme un imbécile à chercher les poignées qui permettent de déverrouiller les roues. Je suis obligé de reposer de mon côté et de regarder de plus près si les poignées ne se trouvent pas du côté du policier. Mais non, elles étaient bien de mon côté. Je soulève à nouveau et je déverrouille les roues. Le policier hésite à lâcher le brancard de peur que les roues repartent en avant.

Je sangle le corps dans la housse et je me dis que j'ai oublié de lui mettre un bracelet d'identification que j'ai bien évidemment laisser dans le véhicule. Les infirmières me proposent de m'en donner un mais vu qu'elles n'en trouvent pas je suis contraint de retourner au véhicule avec une infirmière (la blonde) pour qu'elle m'ouvre les portes. Je rate la sortie. Heureusement qu'elle était là. Évidemment je ne trouve pas immédiatement les bracelets dans le véhicule, cela aurait été trop simple. Je reviens enfin avec un bracelet et je prends le temps de m'asseoir pour écrire le nom du défunt et la date du décès. Il faut que je rouvre la housse pour lui mettre au poignet. La housse est dans le mauvais sens; La fermeture éclair est sur le côté. J'arrive à récupérer un bras et je mets tranquillement le bracelet sous l’œil de la brune qui me gratifie d'un "parfait".  Je suis obligé de forcer un peu sur la fermeture éclair pour refermer et celle-ci me reste dans les mains. Heureusement j'arrive quand même à refermer avec la fermeture qui se trouve à l'autre bout. Je demande si j'ai bien tous les papiers et comme les policiers m'en ont aussi donné je commence à avoir un petit tas. Je mets un draps pour couvrir la housse dont le plastique blanc et brillant a quelque chose de choquant. Je fais l'erreur de déplier totalement le drap avec l'aide de l'infirmière ce qui nous oblige à le rabattre sous le défunt qui ressemble désormais à une momie. Tant pis, ça ira comme ça. Nous repartons avec les policiers qui nous accompagnent jusqu'à mon véhicule. Dès que nous sommes dehors, les papiers que j'avais posé sur le défunt s'envolent et les policiers les rattrapent. Puis, ils m'observent mettre maladroitement le brancard dans le véhicule puis ils me disent au revoir sobrement.

Une fois dans le véhicule je regarde les papiers et je m'aperçois qu'il manque le certificat de décès. L'idée de retourner voir la jolie brune ne me déplait pas. Je sonne car la porte est refermée à clef et j'explique à l’interphone qu'il me manque le certificat de décès. Une infirmière que je n'avais pas vu m'accompagne dans une pièce où il y a plein d'infirmières. Je précise bien que je ne sais si j'ai vraiment besoin du certificat de décès mais que je n'ai pas très envie qu'on me refuse le corps à l'endroit où je dois l’emmener s'il me manque ce certificat, un vendredi soir. Il fait frais dans ma cave mais quand même. Elles passent plusieurs coups de fils. C'est la police qui est venu le matin qui l'a. J'appelle la conseillère funéraire qui me dit que, pour elle c'est normal mais qu'elle se renseigne et me rappelle. Elle me propose le numéro de la police et je lui demande d'appeler l'endroit où je dois emmener le corps pour savoir s'ils me demanderont ce certificat.  J'appelle la police et au bout du quatrième interlocuteur celui-ci me dit que non, je n'ai pas besoin du certificat car il s'agit d'une réquisition. Je fais comme si je comprenais, je le remercie et raccroche. La conseillère me rappelle et me confirme que je n'en ai pas besoin. Je m'excuse platement auprès des infirmières pour les avoir dérangées tout en regardant fixement la brune qui finit par me gratifier d'un magnifique sourire malgré le masque accompagné d'un regard fantastique et me souhaite bon courage. Je me dis qu'il ne faut quand même pas que je tarde trop, j'ai un mort dans le coffre de mon véhicule que j'ai laissé en plein soleil. Je pars enfin, des étoiles plein les yeux en pensant à la jolie brune. 

Une heure de route plus tard j'arrive enfin à l'hôpital dans lequel je dois déposer le corps. Il est grand cet hôpital et j'ignore où se trouve l'IML (Institut Médico Légal). après avoir fait le tour dans un sens puis dans l'autre je trouve enfin la pancarte. Une fois, à l'IML, Je tombe sur une charmante infirmière.

- Mes collègues m'ont soutenu mordicus que  j'étais déjà venu ici avec eux. Mais non, je ne suis jamais venu ici.
-Vous vous en souviendriez

Je rigole. C'est la plus grande morgue que j'ai visité jusqu'à présent. Elle ouvre un frigo et sort un plateau à l'aide d'un élévateur électrique avec dextérité et j'essaye de l'aider de mon mieux.

- j'ai un ami qui a travaillé ici, vous le connaissez peut-être il s'appelle B
- oh oui, il est super sympa et je l'ai encore vu toute à l'heure.

Vu les sourires que font les femmes quand je parle de B, je m'étonne que celui-ci soit toujours célibataire. Pour ma part je viens de gagner quelques points de capital sympathie. Je m’excuse pur l'état dans lequel est la housse et je lui explique que j'ai mis le corps dedans un peu à l'arrache. Je lui propose d'arranger un peu les choses mais elle me dit que cela lui convient comme ça.

- Est-ce que je vous raccompagne à la sortie.
-Je n'ai pas le sens de l'orientation

Elle rigole

- Moi non plus.
- C'est quoi votre prénom si je vois B?
- Moi c'est S. et vous?
- Moi c'est C?-

Nous sommes hilares. Comme quoi on rigole bien à L'IML quoiqu'en dise B. En attendant je ne ne sais pas de quoi est mort mon passager et personne ne le sait c'est certainement la raison pour laquelle je l'ai emmené à l'IML pour une autopsie. Il aurait dû avoir quarante ans dans quelques jours mais je n'en sais pas plus.




jeudi 25 juin 2020

Enterrement rock'n'roll et tribal.

E. avait beau travailler aux pompes funèbres depuis des années, cela ne le prémunissait en rien d'un décès d'un proche, en l'occurrence de son filleul. Celui-ci venait de décéder brutalement d'une méningite foudroyante alors qu'il n'était âgé que d'une quarantaine d'années. E a refusé de s'occuper du cercueil et d'être parmi nous le jour de l'enterrement. Il avait réussi à obtenir le droit pour la famille de dépasser le quota de personnes autorisées pendant le confinement qui était de 20 personnes alors que la famille et les amis dépassaient les 50. E m'avait dit que s'il n'y avait pas eu le confinement ils auraient été plus de 200. Pendant la cérémonie nous avons diffusé de la musique, de la guitare classique car lui-même en jouait. La famille était habillée en noir alors que les amis du même âge ou peut-être plus jeune que le défunt étaient habillés normalement mais plutôt avec des vêtements colorés. Ils avaient l'air de former un groupe d'amis soudés. Deux des jeunes femmes ont lu, avec émotion, un texte qu'ils avaient préparé. On a diffusé un morceau des Beach Boys à fond dans le cimetière en plein air alors qu'il faisait un temps magnifique. Le groupe d'amis s'est mis à danser sur la musique, puis ils se sont approchés du cercueil et ils ont fait une étrange ronde tout en criant des choses incompréhensibles. Puis nous avons descendu le cercueil. Après E est passé nous voir et nous nous sommes gentiment moqué de lui parce qu'il était habillé comme une rock star et que cela lui allait mieux que la tenue de croque-mort.