mercredi 12 mai 2021

le covid du jour

 A ma grand surprise on fait même des covids qui ont reçu double doses de vaccin. L'âge y est pour beaucoup, l'immunité étant particulièrement affaiblie. 1932, je me rappelle de l'année de naissance parce que j'ai refait la plaque d'identification car la conseillère avait écrit 1923 sur la feuille de préparation de cercueil. J'ai écrit un message sur le tableau en partant pour qu'un collègue l'emmène vendredi et fasse l'inversion sur le cercueil à la chambre fu. C'est la policière qui a remarqué l'erreur de date. Elle nous a fait forte impression cette policière à mon collègue et à moi, jeune et jolie mais surtout efficace et sympa. Elle est nouvelle. C'était la deuxième fois qu'elle mettait les scellés en faisant fondre la cire. On a été sympa avec elle. On lui a filé un masque ffp2 et une combinaison. Il y avait un jeune interne qui pensait que les scellés empêchaient les exhumations, curieuse idée. On a quand même mis une heure à partir de notre arrivée sur place. On n'est pas allé à l'adresse indiqué sur notre feuille mais à la maison de retraite. Une fois au bon bâtiment de l'ehpad, on ne s'est pas garé au bon endroit. Puis nous sommes allé jusqu'à la chambre avec le cercueil sur le chariot. Nous avons ouvert le cercueil. Le défunt était déjà dans la housse. Nous l'avons soulevé pour le mettre dans le cercueil. La policière s'est étonné de la rigidité cadavérique du défunt qui lui a semblé anormale. Je lui a dit qu'il n'était pas si rigide que ça et mon collègue a ajouté que le défunt devait être très maigre et osseux. Elle nous a parlé de sa grand-mère. Elle était bien contente qu'elle ne soit pas dans une chambre comme celle-ci. On a refermé le cercueil. Elle a mis les scellés. L'infirmière nous a parlé des regrets de la famille de n'avoir pu voir le défunt une dernière fois. Elle nous a dit qu'il n'était resté que 5 mois dans cet ehpad et que c'était son 16éme patient décédé du covid à son étage.  On a chargé le cercueil et nous avons traversé la rue car le funé se trouve juste en face. Il nous a fallu beaucoup plus de temps pour trouver la bonne clé et ouvrir toutes les portes. J'ai rempli le registre pendant que mon collègue a commencé à refermer les portes à clefs. C'est presque devenu une routine. 

Quand je suis rentré chez moi ma femme m'a raconté que l'une de nos connaissances a son mari en réanimation à cause du covid après l'avoir attrapé elle-même et ses deux enfants. Elle est particulièrement en colère après la collègue qui lui a refilé à son boulot alors que celle-ci se savait positive.  J'imagine qu'il doit y avoir un nombre considérable d'histoires comme celle-ci. 

Un peu plus tôt dans la journée quand nous sommes rentrés de convoi j'ai rencontré un de mes collègues hilare et rincé après les 6 inhumations qu'il a faites dans le journée, notamment un couple qui a été inhumé le même jour, ce qui est assez rare. Son hilarité s'explique par le fait qu'étant en sous effectif, 3 de nos responsables ont dû remplacer trois porteurs. Le hasard a voulu que ça tombe sur des indigents qui pour le coup ont eu droit au gratin de notre pompe funèbre. Mon collègue étant lui même un csp+ reconverti dans la pompe pour se mettre au vert après trop d'années passées à Paris en tant qu'informaticien de haut vol, le contraste devait être saisissant.

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